Mon combat 2

== Partie 4 == Elle

On attaque le vif du sujet, Elle.
Il y a toujours certaines choses ou certaines personnes qui nous font nous transcender.
Je l’ai rencontrée il y a quelques semaines, au premier regard, il y a eu quelque chose.
Ce petit truc indescriptible qui te bouleverse, t’émerveille et te fait peur.
Je sortais d’une relation compliquée, j’avais passé les dernières années de ma relation à entendre critique, méchanceté gratuite, reproche déplacée.
Au niveau de mon mental et de ma capacité de séduction, j’avais l’impression d’être cette vieille part de pizza que tu découvres dans ton frigo lorsque tu rentres de boîte, cette pizza qui te paraît peu ragoutante, qui a attendu patiemment au fil de temps d’être saisie et qui finit irrémédiablement au fond de la poubelle.
J’avais essayé de me reprendre en main, j’avais entamé un régime parce qu’il le fallait malgré les railleries de mon ex-femme qui me comparaît à un gros lard.
Ce genre de gros lard qui faisait le ménage tous les jours et qui préparait malgré tout les repas du midi et du soir, et qui entendait chaque jour les mêmes rengaines « t’as rien branlé aujourd’hui, c’est crade, t’as encore préparé ça pour manger, t’as encore oublié de mettre le sel et le poivre à table, mais tu vaux rien mec ».
A 40 ans, l’estime que tu peux avoir de toi ne vaut pas grand-chose.
Tu te sens juste comme une vieille merde qui finira seul et triste parce qu’on t’a tellement rabattu de saloperies que pour toi, ça ne peut être que la vérité.

Pourtant lorsque je la rencontre Elle. Le courant passe bien.
Elle a l’air d’être un sacré bout de femme.
Vous savez ce genre de femme qui apparaît de plus en plus, les Célibattantes.
Ces femmes solitaires qui ont pris leur vie en main, et qui se gèrent seules comme des grandes, qui vivent comme elles le souhaitent sans avoir de compte à rendre.
Et ce genre de femme ne s’attrape pas avec une Pokeball ou un morceau de fromage, il faut les mériter celles-là mais sans les brusquer.
Et pourtant, Elle a ce petit truc en plus que je n’ai jamais rencontré avec d’autres.
J’arriverai difficilement à mettre un mot sur ça, mais c’est pourtant bel et bien là.
Bon il est temps de reprendre mon écriture, et j’avoue avoir plus de mal à parler d’Elle que d’autres sujets.
J’ai tellement de choses qui me traversent l’esprit lorsque je songe à elle, un vortex d’émotions, de paroles, de sentiments, de toucher me submerge sans que je puisse lutter.
J’étais tellement fier de moi, de ma tour d’ivoire que j’avais construite pour que rien ne puisse m’atteindre, de cette carapace qui me semblait indestructible, de cet intellect que j’ai affûté au fil des années, des heures passés à apprendre le langage non-verbal, de toutes les expériences vécues qui je pensais m’avaient donné une force de caractère inviolable.
Et pourtant il lui a fallu si peu de temps pour tout effacer d’un revers de la main, je me retrouve sans défense et sans arriver à lutter contre elle.
J’avais pourtant l’habitude que personne ne puisse soutenir mon regard, ne pas avoir à parler mais juste regarder intensément quelqu’un pour le faire fuir.
Mais là, lorsqu’elle me regarde, c’est moi qui baisse les yeux, je me retrouve totalement désarmé et impuissant, j’ai essayé pourtant à de nombreuses reprises mais rien n’y fait.
Pour quelqu’un comme moi, autodidacte et d’une grande fierté, c’est dur à avaler.
Jamais personne n’avait réussi à me connaître réellement, même mes amis les plus proches que je fréquente pourtant depuis de très nombreuses années.
Elle a réussi à faire revenir à la vie celui que je pensais mort, celui qui s’est enfermé pour ne plus souffrir, pour ne plus être déçu, pour ne plus pleurer.
J’ai beau réfléchir, je ne comprends pas comment elle a réussi ce tour de force, comment elle arrive si facilement à lire en moi, à comprendre mes pensées lorsque je ne les exprime pas.
Bien sûr Elle n’est pas parfaite, elle a ses défauts comme tout un chacun, mais j’apprécie même ses défauts.
Vous ai-je dit qu’Elle n’était pas française mais d’origine étrangère ?
Mais c’est qu’Elle maîtrise bien notre langue la bougresse. Elle comprend tout à fait certaines subtilités de la langue même si parfois Elle fait celle qui ne comprend pas.
Lorsqu’Elle s’énerve, je me régale littéralement, sa langue naturelle refait surface et c’est un plaisir sonore pour les oreilles.
Je ne comprends pas souvent ce qu’Elle dit mais cela me fait sourire, je trouve cela d’une beauté admirable.
Elle aime faire l’imbécile, non pas pour faire le pitre mais pour dissimuler son intelligence.
C’est une qualité très importante à mes yeux, de cultiver son intellect, de se faire sa propre opinion, de chercher à comprendre les choses.
Lorsque ses yeux commencent à se plisser, je sais qu’Elle analyse, cherche à comprendre et emmagasine toutes les informations.
Je l’ai appris à mes dépens, on ne joue pas avec Elle, c’est perdu d’avance.
Pourtant, Elle est d’une simplicité exemplaire, d’une gentillesse débordante, d’une dignité exaspérante, d’un charisme fou, ne se plaint pas, est une travailleuse et a une soif communicative d’apprendre et de comprendre la vie.
Lorsque je suis avec Elle, le temps s’efface, ne compte plus que le présent.
Je m’abreuve de sa présence, apprécie chaque instant passé à ses côtés parce que je sais qu’ils sont précieux.
Elle semble si forte et si fragile à la fois, j’ai envie de l’étreindre dans mes bras, mon côté protecteur refait surface et me hurle de la protéger.
Les rares fois où j’arrive à soutenir son regard plus que quelques secondes, j’y vois une telle rage de vivre, mais aussi tapie dans l’ombre, une certaine tristesse et mélancolie.
Elle est comme moi une écorchée de la vie, Elle doute énormément de ses capacités, Elle a du mal à se donner à fond par appréhension de lâcher prise, et je suis certain au fond de moi que ce qu’Elle aura à offrir plus tard sera encore plus merveilleux que maintenant.
C’est une femme qui mérite qu’on apprenne à la connaître, à l’apprécier.
Elle doute d’Elle mais pourtant Elle vous pousse à vous dépasser, à vous affirmer.
Quand Elle vous regarde et qu’Elle vous parle, vous sentez qu’à ses côtés rien n’est insurmontable, rien ne vous est impossible.
Elle a ce don de vous faire sentir meilleur, de vous donner l’envie de lâcher prise et d’apprécier les plaisirs simples de la vie qui sont ceux qui ont le meilleur goût.
Je n’ai jamais eu l’habitude de croire aux grandes histoires telles que les films nous les dépeignent mais là, à l’instant T, je me surprends à y croire.

== Partie 5 == Je redeviens moi-même
Reprenons donc notre histoire après ces petits interludes.
Face au triste constat où je risquais de passer à côté de quelque chose, il ne me restait deux possibilités :
Subir et m’apitoyer sur mon sort, en rejetant la faute sur les autres.
Me reprendre en main et aller de l’avant.
J’ai bien sûr choisi la deuxième solution, parce que c’était ma seule possibilité de la retrouver Elle et surtout de me retrouver enfin moi-même.
Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour voir où j’avais merdé et voir où j’avais déconné dans ma vie et avec Elle.
J’avais ce besoin profond de reprendre le contrôle de ma vie, après tout ma vie m’appartient et c’est à moi de décider ce que je dois en faire.
Si j’arrêtais de broyer du noir et de ne voir que du mauvais, et essayer de juste me focaliser sur ce qui peut rendre heureux ?
D’accord je m’étais lourdement planté avec Elle, j’avais été trop présent, trop excessif.
J’avais pris cette mauvaise habitude de tout faire dans l’excès, de n’arriver à nuancer ni mon comportement ni mes propos. J’avais l’impression de ne devoir rien à personne, de ne pouvoir compter que sur moi-même, et de ne pas pouvoir faire des choses pour moi.
C’est un triste constat mais en même temps une chance, après tout, je suis tout à fait capable de repartir du bon pied et de corriger mes erreurs.
Et là, il faut faire un sacré travail sur soi pour réaliser certaines choses mais je dois le faire pour moi.
Parce que j’ai envie de vivre pleinement ma vie, parce que j’ai envie de voyager, parce que j’ai envie de découvrir d’autres gens, parce que j’ai envie de rendre fiers mes enfants et qu’ils aient un exemple à suivre, et parce que pour la retrouver Elle, je me dois d’être moins torturé.
J’ai donc pris la décision de ne voir que le positif dans la vie, et de ne penser qu’à moi.
Après tout, que risquais-je de plus ? Je n’ai rien à regretter après tout.
Etre positif, reprendre confiance en soi et reprendre sa vie en main ça ne peut qu’être bénéfique pour moi.
Elle a envie de me voir, tant mieux je sais que je passerai une bonne soirée en sa compagnie.
Dans le cas contraire, j’ai tellement d’activité pour m’occuper l’esprit, j’ai de bons bouquins à lire, j’ai des amis à aller voir, un bon film à regarder au ciné.
Le tout étant simplement de positiver quelle que soit l’activité à faire.
Bien sûr au début, ça ne semble pas évident mais il suffit de lâcher prise pour se rendre compte qu’on n’est pas si dépendant que ça de beaucoup de choses ou de personnes.
Il faut arrêter d’avancer dans la vie avec des œillères, enlevez ça et ouvrez un vaste champ de possibilités !
Il faut savoir s’émerveiller de chaque petit rien que la vie nous apporte, un sourire d’un enfant, la beauté d’un lever de soleil lorsqu’on a la tête du mec qui a fait la fête toute la nuit avec ses potes, le fait de dialoguer avec des inconnus, écouter de la bonne musique.
Le fait d’être arrivé à me retrouver moi-même m’a permis de goûter à la vie avec le sourire, de me satisfaire de petites choses, de prendre les choses à la légère.
Ne penser qu’à soi en priorité ce n’est pas être égoïste mais bel et bien exister à fond sa vie.
Vivre pour les autres, ça ne marche pas, tôt ou tard les sacrifices qu’on a fait pourtant de bon cœur vont se transformer en rancœur.
« Et avec Elle » me direz-vous ?
J’ai totalement changé mon fusil d’épaule, avoir une attitude positive a modifié beaucoup nos rapports.
Je suis moins en demande de sa présence, non pas que je ne l’apprécie pas, bien au contraire, je me suis juste fait une raison.
Etre constamment l’un sur l’autre au début d’une histoire, ce n’est pas la meilleure façon de faire. Evitons de brûler la bougie trop vite, allumons-la lorsque nous nous voyons et éteignons-la lorsque nous sommes loin de l’autre.
Je suis plus sûr de moi aussi, je me refuse à voir du négatif, je ne conserve dans mon esprit que le positif des rares instants ou l’on se voit.
Ne plus douter de soi, ne plus se sous-estimer et gagner de l’assurance lors de nos discussions améliore nos rapports et renvoie une image où l’autre peut se projeter dans l’avenir avec moi.
L’une des principales choses qui s’est modifiée en moi, c’est la vision que j’avais de moi.
Après avoir passé des années à subir des remarques, des réflexions, des défaites j’en étais arrivé à avoir une vision néfaste de ma personne, néfaste pour moi et aussi néfaste pour mes rapports avec les autres.
Comment vivre la vie sereinement si l’on n’est capable de ne vivre que dans le passé ?
J’avais lu une suite de roman d’un auteur de SF, où le héros est une erreur de la nature, un paria pour sa société, et où il est tiraillé dans ses relations avec les autres.
Le transfert sur ma propre vision de ma personne a été facile pour moi, je m’imaginais bien être à la place du héros, en plus malgré sa faiblesse naturelle, il était badass.
Je ne me voyais mal vivre dans un monde où à l’époque je n’arrivais pas à trouver ma place, ni dans cette famille qui me rejetait, ni dans mes rapports avec les autres, ni dans cette société qui prône l’individualisme et l’écrasement de l’autre.
Mais revenons à notre héros juste parce que dans le roman, une phrase m’avait touché, et même après avoir lu le livre il y a 30 ans, je m’en rappelle toujours.
Le héros s’est donc retrouvé en présence d’un ermite, un vieux sage qui était serein avec lui-même.
Lors d’une discussion où le vieux sage a réussi à deviner comment était le héros, pourquoi il avait choisi cette voie des ténèbres, il s’adresse au héros et lui dit une phrase toute simple mais lourde de sens :
« Un homme incapable d’oublier le passé, l’est aussi de prévoir l’avenir ».
Je laisse tout un chacun, trouver le sens de cette phrase toute bête mais qui est loin à mon avis d’être fausse.
Comment s’intéresser aux autres si l’on n’est pas capable de s’intéresser à soi ?
Question très pertinente je dirais.
Sans être égoïste et nombriliste, s’intéresser à soi avant de s’intéresser aux autres me semble important désormais.
C’est Elle qui m’a ouvert les yeux sur ça. Elle m’a fait comprendre que je pensais avant tout aux autres, à leur désir, à leur confort et que jamais je ne pensais au mien.
Elle n’a pas tout à fait tort, j’ai toujours mis en avant le plaisir des autres, que ce soit ma famille, mes amis, mes enfants et même mon ex-femme.
Je cédais facilement à toute proposition, toute invitation juste par peur de décevoir, de peur que les autres s’aperçoivent que j’étais inintéressant et qu’ils pouvaient très bien se passer de moi.
Cette petite voix intérieure qui me parlait et me conseillait, me réclamant constamment de faire des efforts pour les autres, qui me disait que je devais dire oui, qui me rappelait sans cesse à quel point j’avais été seul et que je n’aimais pas ça, aujourd’hui elle ne parle plus.
Parce que j’ai pris la décision de faire mes choix selon mes envies, pas de manière tranchée mais de manière plus en accord avec moi-même.
Jusqu’à présent je me négligeais, je ne faisais pas attention à moi, je me regardais avec honte dans la glace, je me trouvais à vomir, je n’avais plus aucune envie de rien, je survivais en fait, attendant patiemment que la vie s’écoule telle une rivière qui coulerait paisiblement pendant que j’attendais sur la berge.
Aujourd’hui, je suis un autre homme, non pas que je m’admire dans la glace mais ce que je vois dans la glace ne me déplaît plus, je ne baisse plus les yeux lorsque je croise le regard de mon reflet.
Je prends plaisir à prendre soin de moi, à essayer de nouveaux habits parce que je me sens bien.
J’ai toujours eu une empathie impressionnante et une grande sensibilité même si j’arrivais avec brio à ne pas le montrer aux autres.
Je n’ai jamais dit à mes amis à quel point je les aimais, peut-être par honte, par pudeur ou par crainte que leurs réponses ne me blessent.
Même si les gens savent au fond d’eux que vous les appréciez, cela leur fait aussi du bien de l’entendre de votre propre bouche.
Ce que j’essaie de faire comprendre, c’est que l’on ne peut aimer quelqu’un vraiment si l’on n’est pas capable de s’aimer soi-même.
Pourquoi sommes-nous tous gênés de parler de certains sujets intimes avec des gens que l’on apprécie ?
On évite de parler de sexe et d’amour avec nos amis, pourtant ce sont des choses qui font partie de notre quotidien.
Exprimer nos sentiments ne devrait pas être une faiblesse mais une force, même pour un homme.
Pour ma part, il n’y a plus rien de honteux de cacher mes sentiments à d’autres, cela fait partie de nous et c’est ce qui fait que nous sommes humains.
Cela a choqué (dans le bon sens) mes amis les plus proches, peu habitués à ce que je sois autant expressif avec eux mais grand dieu que cela m’a fait du bien de leur dire.
En fin de compte, grâce à Elle j’aurais tellement fait de chemin en si peu de temps.
Je me rends compte que même si notre histoire devait nous mener à rien, je n’en serais pas triste pour autant. En fait, quelle que soit l’issue, je pourrais me sentir satisfait car dorénavant je vais aller de l’avant sans honte, sans crainte, sans peur de la solitude, sans appréhension et en assumant parfaitement qui je suis.
Même si notre histoire se termine, je ferais partie de sa vie parce que tout ce qu’elle m’a donné je ne pourrai lui rendre mais je pourrai essayer.
On ne peut décemment tourner le dos à quelqu’un qui vous a tant apporté, je lui ai dit d’ailleurs que même si notre histoire se terminait, je lui serais éternellement reconnaissant parce que même si je suis loin d’être l’homme idéal, grâce à elle je suis un homme meilleur.
C’est à ce moment-là, où j’écris ces quelques lignes que je me rends compte que j’ai été chanceux de croiser une femme comme elle à ce moment de ma vie.
Que la vie nous fait parfois don de rencontres précieuses et formidables, que nous croisons la route de gens qui ont cette force d’améliorer votre quotidien sans rien vous réclamer en retour.
Ce genre de personne qui vous pousse à redevenir vous tout simplement.
Merci à Elle.

== Partie 6 == Moi
Vaste sujet que de parler de Moi, même si je me suis dévoilé au fur et à mesure de ce récit.
Pourtant il me prend l’envie de vous parler de moi, ce personnage complexe avec ses forces, ses faiblesses comme tout un chacun.
Je suis né un 16 juillet de l’an 1976, à Versailles, le jour des 20 ans de ma mère.
Difficile dans ce cas, de prétexter avoir oublié son anniversaire !
Je suis l’aîné d’une fratrie de 3 enfants, j’ai un frère à peine plus jeune et une sœur beaucoup plus jeune que nous.
Aux premières années de ma vie, j’ai surtout été élevé par mes grands-parents et une nourrice.
Je pense que l’éducation fournie par mes grands-parents a laissé une empreinte indélébile et cela explique certainement certains de mes traits de personnalité qui semblent dater d’un autre âge.
Je ne dirais pas que j’ai eu une enfance malheureuse, compliquée sûrement mais très enrichissante.
Je regarde avec nostalgie les photos qu’avait conservées précieusement ma grand-mère que je considère plus comme ma mère que ma génitrice.
Oui le mot est fort et blessant, mais c’est la vérité. L’amour maternelle et l’affection qui va de pair m’ont été apportées par deux personnages haut en couleurs qui m’ont fourni plus que pourrait ne le désirer un petit-fils.
Ce sont d’ailleurs les deux seules personnes à me connaître réellement, malheureusement la vie a décidé de m’enlever mon Grand-Père et de donner la maladie d’Alzheimer à ma Grand-Mère.
Cette foutue maladie est difficile à encaisser pour moi, je me dis que la vie ne te récompense pas toujours de ce que tu as pu faire.
Voir quelqu’un qu’on aime plus que tout devenir autant diminuée est compliqué à gérer.
Elle a des moments de lucidité, heureusement, mais je vois dans son regard qu’elle n’aime pas comprendre ce qu’elle est devenue, ce petit bout de femme qui s’est tant battue tout le long de sa vie est aujourd’hui prisonnière de sa maladie.
Par chance, je suis encore le seul qu’elle reconnaît au premier regard, même si je la vois trop peu.
Pas parce que je n’apprécie pas de la voir, mais juste de la voir dans cet état-là me fout un coup au moral.
Mon Grand-Père était son premier amour et l’est resté tout le long de sa vie et inversement.
Ils ont traversé tant d’épreuves, mais ils l’ont fait main dans la main.
Il n’y a pas à dire, les gens de cette époque savaient ce que l’Amour était avec un grand A.
Ils ont été mon modèle, des gens que tu regardais avec envie parce qu’ils savaient être heureux même avec de petits riens.
Cela m’a donné une vision irréaliste d’une vie de couple, mais cette vision me donnait drôlement envie.
Revenons à nos moutons.
Au fur et à mesure que les années passent, mes rapports familiaux avec mes parents se dégradent progressivement, comme un papier peint qui se décolle et qu’on regarde du coin de l’œil en se disant qu’on s’en occupera demain.
Mes parents auront mis très longtemps à réaliser qu’ils n’avaient pas fait mon bonheur, ils essaient de rattraper le temps perdu gauchement, même s’ils se rendent compte que c’est certainement trop tard pour devenir une famille unie.
Je ne leur facilitais guère la tâche, mais depuis peu je me suis ressaisi. Après tout, je leur dois la vie, et faire un pas dans leur sens leur rendra la vie meilleure.
Enfant, quelques métiers m’attiraient, cuisinier, informaticien ou vétérinaire.
Aujourd’hui, je suis bien loin de mes rêves d’enfant mais ce n’est pas bien grave.
Il faut savoir se contenter de ce que l’on a, se demander si on aurait pu faire telle ou telle chose après coup ne sert à rien mis à part se morfondre.
On doit être conscient de ça, se fixer des objectifs à atteindre dans la vie c’est très bien mais ça ne doit pas être pour autant une obsession. On essaie, ça ne marche pas ? C’est pas bien grave, on aura eu la satisfaction d’essayer et on réalisera que d’échouer n’est pas que négatif.
J’ai une personnalité assez compliquée à saisir, beaucoup de gens se sentent mal à l’aise en ma présence.
Non pas que j’aie la tête d’un psychopathe mais j’ai un regard assez expressif lorsque je regarde quelqu’un. J’ai quelques facilités dans ce domaine à bien saisir les gens, leurs humeurs, leurs pensées lorsqu’ils me parlent à demi-mots.
Cela est assez déroutant pour les autres de s’apercevoir que quelqu’un arrive à les connaître si bien en les connaissant si peu. Oh je me suis déjà fourvoyé sur certaines personnes, mais ils sont peu nombreux et avec le recul, je me demande si j’avais vraiment envie de les connaître.
C’est assez pénible finalement, parce qu’au fond tu ne prends pas de plaisir à apprendre à connaître les gens, tu sais déjà comment ils seront et quels rapports tu auras avec eux.
Souvent d’ailleurs, mes interlocuteurs réfutent ce que je dis, mais le temps fait son travail et je m’aperçois qu’en fait je ne me trompais pas à leur sujet.
Ce n’est pas pour rien que j’étudie à mes heures perdues la communication non-verbale, communément appelé Synergologie ou Etude comportementale.
Entre mon ressenti et mes acquis je m’en sors plutôt bien même si les gens ont plus l’impression d’être étudiés qu’autre chose.
Enfant, j’avais certains dons que j’ai dû cultiver en autodidacte, mes parents ne croyant pas tant que ça en moi, heureusement mes grands-parents me soutenaient et m’encourageaient à développer cet intellect. Ils avaient deviné que derrière cet enfant sage et sans histoire, qui parlait peu et ne bougeait pas, se trouvait un observateur qui analysait les choses et les gens tranquillement sans le faire voir.
Si j’avais voulu ou si j’en avais eu la possibilité surtout, je pense que j’aurais aimé faire de grandes études juste pour le plaisir d’apprendre de nouvelles choses sans pour autant désirer me placer dans du travail à responsabilité.
Malgré cela, j’ai une grande écoute et les gens qui ne sont pas effrayés se confient facilement, parce que je ne juge pas, je n’interviens pas sauf si on me le demande et que j’essaie d’être de bons conseils.
Mais je reste fidèle à moi-même et j’ai souvent eu le tort de dire ce que je pensais aux autres, pas ce qu’ils avaient envie d’entendre. Je suis un peu trop gentil et franc, et parfois cela est difficilement compatible.
La gentillesse, voilà qui est quelque chose qui devrait être une qualité première et qui régulièrement est plus un défaut dans la vie de tous les jours.
Comme dit le proverbe « Trop bon, trop con ».
Je n’ai pas le fond méchant, pour que je sois méchant il faut beaucoup m’en faire, mais cela se paie lourdement avec moi. Je suis capable d’attendre très longtemps pour frapper, et ça sera au moment le pire pour l’autre.
Le fait d’être gentil, et de subir n’est pas sans risque.
A force d’accumuler les choses, de ne pas crever l’abcès à temps, j’emmagasine de mauvaises choses qui ressortent de temps en temps.
J’ai cet arrière-goût de colère qui reste en moins, lancinant, patientant lentement le moment opportun pour surgir et tout dévaster.
Un peu à la manière de Hulk mais sans les muscles et la couleur verte, de toute façon le vert c’est pas une couleur qui me va bien :-)
Après coup, je me dis que j’ai certainement tort et qu’il faudra que je travaille sur ça. Pourquoi tout garder pour soi et ne pas partager avec les autres ses ressentis ? Pour leur éviter d’être blessés dans leur amour propre, avec le risque que, plus tard, lorsque les reproches seront faits, qu’ils fassent encore plus mal.
Je réalise que je suis tellement exigeant avec moi que je le suis aussi avec les autres, et qu’il faudrait que j’accepte qu’on est tous différents dans la vie.
Il faut beaucoup d’introspection pour s’analyser dans son ensemble. On pense bien se connaître mais on n’a pas le recul nécessaire pour le faire comme il le faudrait, on s’arrange avec notre tête pour écarter certaines vérités et se conforter dans certains mensonges.
Tout ça pour vous dire qu’il faut vous accepter et vous analyser sans aide extérieure si vous voulez vraiment vous connaître vous-même.

== Partie 7 == Mon Combat
L’envie d’écrire me reprend subitement en cette heure tardive, sûrement parce que je nage en plein cauchemar et que je me sens perdu, même si j’essaie de faire bonne figure devant mes enfants.
J’ai beau essayer de cacher mon malaise à mes enfants, ma plus grande s’est aperçue hier que quelque chose clochait, elle a hérité cela de moi, je ne peux rien lui cacher et même si elle n’est pas censée être en âge de comprendre, sa maturité naissante lui donne un regard sur la vie qui me laisse pantois.
Elle est donc venue vers moi le plus naturellement du monde, pour essayer de me réconforter de ses petits bras, et de me parler avec ses mots à elle sur l’Amour.
Elle m’a susurré à l’oreille une phrase d’une puissance et d’une vérité extraordinaire :
« Tu sais Papa, si ton amoureuse veut pas te voir, c’est pas grave, tu en trouveras d’autres chéries »
J’ai réalisé que ce petit bout de femme en devenir serait plus tard quelqu’un d’exceptionnel.
Pourquoi cette partie de mon récit s’appelle « Mon Combat » ?
J’aurais pu l’appeler « Notre Combat » mais j’ai l’impression d’être le seul à réellement lutter pour qu’Elle et Moi devienne Nous de manière définitive.
Pour cela, il faut que je remonte quelques jours en arrière.
Après une phase de reconquête qui semblait ne présager que du bon, j’avais un sentiment que quelque chose de tenu m’échappait, un petit air de négatif qui semblait flotter dans l’air, comme si une évidence me passait sous le nez sans que je la vois.
Détail troublant pour quelqu’un qui pense être assez observateur, ou finalement mes sentiments naissants pour Elle prenaient trop le dessus pour que j’aie assez de recul pour vraiment analyser tous les signes.
Je dois remonter dans le temps, au premier dimanche de ce mois d’avril.
Ce jour où j’ai enfin compris la difficulté de la tâche qui m’attendait, sans que cela me fasse reculer pour autant.
Cela faisait 6 jours d’affilée où nous nous sommes vus, nous découvrant un peu plus chaque jour, en appréciant le fait d’être l’un avec l’autre et d’avoir des difficultés à ne pas être ensemble.
La veille j’avais passé une bonne partie de la soirée en sa compagnie, la soirée avait été merveilleuse et ne faisait que me confirmer que ça ne pouvait être qu’Elle qu’il me fallait.
Ce dimanche-là j’étais en forme, plein d’espoirs et d’illusions futiles.
Elle m’avait prévenu en début de matinée qu’Elle souhaitait avancer dans ses révisions car Elle préparait une formation importante à ses yeux.
J’ai respecté cela et je ne l’ai pas embêtée jusqu’en milieu d’après-midi.
Je lui envoie quelques messages, Elle les lit mais me répond vaguement, je n’insiste pas plus que ça jusqu’en début de soirée.
J’essaie de la contacter pour savoir si Elle a envie de me voir, mais quelque chose cloche, mon alarme intérieure s’active, je ne sais pas pourquoi mais il se passe un truc.
J’insiste un peu plus, et après un temps qui me semble interminable, Elle me répond « Quand je suis comme ça, je préfère être seule ».
Cette phrase résonne en moi comme si j’avais enfin trouvé la pièce du puzzle qui me manquait pour reconstituer ce mystère qui était Elle.
Tout me revient en mémoire, tous ces petits détails qui m’avaient alerté et qui m’avaient dit au fond de moi que quelque chose se tramait derrière cela.
Chaque parole, chaque geste, chaque message, chaque comportement, chaque ressenti et chaque regard se rassemblaient en une vaste mosaïque colorée. Toutes ces choses insignifiantes prises à part ne faisaient partie que d’un ensemble bien plus vaste et compliqué.
Au fond de moi, je savais, mais j’avais fermé les yeux, préférant me dire que je cherchais trop à comprendre et que certaines fois j’aurais pu me tromper.
Je me décide à prendre mon courage à deux mains, conscient du fait que d’aller la voir pourrait avoir des répercussions sur Nous.
Mais j’avais besoin de savoir, besoin de montrer que j’avais compris et que je serais là pour Elle.
Je ne cache pas que son regard entre colère et joie en me voyant débarquer chez Elle ne m’a pas retourné l’estomac. J’étais là et je ne repartirais pas sans réponses.
Il ne m’a pas fallu longtemps pour connaître la réponse à ma question, Elle avait compris qu’au fond de moi j’avais enfin tout saisi.
Elle m’en avait parlé une fois, une phrase balancée comme ça au nez de la figure, mais avec tant de détachement que j’avais pris cela sur le compte de la plaisanterie.
Avec le recul nécessaire, je comprends désormais qu’Elle a voulu juste me prévenir et m’épargner.
Je m’aperçois que j’ai du mal à le dire, non pas parce que je crains la réaction des gens, mais j’ai l’impression de la trahir et de lui coller une étiquette sur le dos, et je ne supporte pas de cataloguer les gens dans des petites cases mesquines comme notre société a tendance à le faire.
Je ne vois que l’humain, pas ce qu’il représente mais ce qu’il est et que nous sommes tous.
Pourtant si je veux avancer, j’ai besoin d’en parler, j’aurais pu le faire auprès de mes amis proches mais je crains leurs réactions, non pas parce qu’ils vont me critiquer mais ils vont tout faire pour m’économiser.
Je sais très bien qu’Elle a confiance en moi pour m’annoncer cela, car cela en ferait fuir plus d’un, non pas que le mal qui la ronge puisse porter atteinte à mon intégrité physique mais parce que cela peut me faire souffrir.
Je m’aperçois que malgré tout Elle cherche à me protéger d’Elle.
Juste une phrase qui change tout, une phrase lourde de sens qui pèse en moi comme un fardeau lourd à porter, qui me fait comprendre que le chemin sera long, périlleux et pas nécessairement bénéfique pour Elle comme pour moi.
Elle avait une certaine peur lorsqu’Elle m’a annoncé souffrir de Bipolarité.
Voilà c’est dit, j’ai enfin trouvé le courage de le dire.
Je suis resté un peu avec Elle ce soir-là mais peu de temps, je savais que ma présence, même si cela lui faisait plaisir, la dérangeait et la mettait mal à l’aise.
Je suis rentré chez moi dépité parce que je sentais que cela allait être difficile à vivre pour moi, parce qu’il allait se passer des choses que je n’arriverais pas à maîtriser.
Comme la plupart des gens, mon premier réflexe a été de regarder sur google.
Et bien sûr, on trouve de tout et de rien, j’ai passé quasiment toute la nuit à parcourir les sites, les forums de discussion, les livres qui traitaient de ça pour me faire une vague idée de ce qui m’attendait.
Pourtant, malgré tout cela ne m’a pas faire fuir, bien au contraire car je l’ai connue Elle dans tous ses états, et chaque facette de sa personnalité m’a plu, je crois qu’on appelle ça être amoureux.
J’ai eu le temps de lire certains livres, d’en commander d’autres chez mon libraire préféré, de m’inscrire sur des groupes de soutien aux proches, de regarder des témoignages.
J’avais tellement de questions et j’ai tellement peu de temps pour lui faire comprendre que je serais là pour Elle quoiqu’il arrive.
Elle part à la fin de la semaine pour une formation à l’étranger d’une dizaine de jours, et je ne sais toujours pas ce qu’Elle fera après.
Le problème c’est que suivant son état sur place, je ne serai pas là-bas, Elle peut prendre des décisions sur Nous sans me demander mon avis.
C’est ce qui est finalement le plus dur à vivre en ce moment, savoir que mon avenir avec Elle est entre les mains d’une maladie qui peut tout changer sans que je puisse y faire grand-chose.
Je sais pourtant que chacun de nous apporte à l’autre ce dont il a besoin, Elle-même en est consciente mais Elle désire tellement ne pas me faire souffrir qu’Elle est capable de me rayer de sa vie comme si elle passait une gomme sur une note laissée au crayon sur un post-it.
Nous n’est plus un couple, mais un trio où la personne qui gérera notre vie sera sa maladie.
Je ne lui colle pas une étiquette « Malade » sur la tête mais je dois quand même composer avec, et c’est difficile de ne pas trouver ma place, de ne pas savoir comment agir et comment l’autre peut réagir.
J’ai tellement lu et vu de témoignages qui font froid dans le dos, que cela m’a ébranlé pile au moment où j’avais l’impression de reprendre ma vie en main et d’avoir enfin trouvé la personne qui me correspondait entièrement.
Tout n’est pas noir, il y a beaucoup de gens atteint de cette maladie qui sont en couple et heureux, il faut pour cela qu’Elle réalise que j’en suis tout à fait capable.
A l’heure d’aujourd’hui, j’ai épuisé mon stock de preuves d’affection que je pouvais lui apporter. Je ne vois plus trop quoi faire, quoi dire pour qu’Elle comprenne que je suis là et que je l’accepte entièrement parce que c’est toute sa personne que j’apprécie.
Malheureusement, on ne peut pas forcer quelqu’un qui refuse notre aide. Même si je sais qu’Elle ne veut pas me faire souffrir car elle m’apprécie plus qu’Elle le voudrait, la pilule est dure à avaler.
Je ne peux qu’attendre et appréhender l’avenir.
Notre destin est désormais entre les mains de sa maladie et d’Elle.