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Un poste en fac -
par Maryse Esterle

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Publication : 4 février 2014

Durée de lecture : 10 mn

Nombre de mots : 2180

Enseignante-chercheure en sciences de l’éducation, Maryse rencontre un collègue dans le train. Elle lui raconte, 17 ans plus tard, comment il a obtenu son poste de maître de conférences à sa place.

Mais tout au long de ces années, en deçà de l’enthousiasme, de l’engagement, de l’endurance que réclame ce métier où rien ne commence ni ne finit jamais, un petit quelque chose m’a toujours freinée, une larme au coin de l’œil, la gorge qui se serre, un soupir, en souvenir des préférences de Monsieur Jérôme, du silence de ses comparses et du sourire que j’ai dû arborer.


14 commentaires :

  • Il en est des conséquences de la précarité sur l’enfant, sur la famille comme sur vous et nous tous, un lot d’injustice et son cortège d’impuissances, de souffrances, d’angoisses,d’hypocrisie. Sans principes.
    Le monde de la fac de l’époque est à l’image de bien d’autres mondes, celui du travail où la liberté reste celle de celui qui emploie, où règne l’arbitraire, la traîtrise, la lâcheté, l’abus de pouvoir et autres joyeusetés.
    J’admire votre sublime courage.


  • Et oui, l’université, comme tout le système éducatif, se trouve dans l’urgence, dans la nécessité absolue d’une réforme de taille. Mais si l’on se sait ce que l’on perd, on ne sait jamais ce que l’on gagne...
    Merci, Maryse, pour votre témoignage éclairant.
    Cet autre témoignage d’une trentenaire doctorante et agrégée va dans le même sens et mérite d’être lu :
    http://www.20minutes.fr/france/297529-moi-julie-enseignante-chercheur-fiere-etre


  • Je suis assez choquée... Merci pour votre témoignage, qui prouve à quel point la lutte pour l’égalité entre hommes et femmes est loin d’être terminée, y compris dans les milieux intellectuels.
    Moi qui pensais que tout sociologue est conscient plus que quiconque de ces inégalités entre les sexes, lui qui a un regard aiguisé sur la société et tout ce qu’elle construit, ça me fait plutôt déchanter.


  • Un autre récit sur le site, celui de S. "d’une classe à l’autre", relate une expérience du même ordre. Le "savoir" ne préserve manifestement pas de la médiocrité (il faut d’ailleurs être bien naïf pour le penser). Celle-ci est peut-être d’autant plus violente qu’elle se niche là où on ne s’attend pas à l’y trouver. Ce qui est rassurant, c’est que quelques voix s’élèvent pour dénoncer. Merci d’être une de ces voix.


  • Incroyable justesse de l’injustice du réel, des compromissions et des silences.
    Merci.


  • S. :

    Le sexisme qui peut régner au sein de l’Université est la plupart du temps passé sous silence. Il existe pourtant bel et bien. On voudrait croire que ces lieux du savoir sont préservés de la discrimination à l’égard des femmes. Hélas....


  • Bonjour,
    Vous montrez la discrimination et le sexisme irresponsables et "légers" de la part d’un homme exerçant un abus de pouvoir en toute impunité, de plus rendus "invisibles" par des femmes préférant le déni ou le rire... Ce qui se traduit pour vous, par une blessure silencieuse et des conditions de travail "folles" pendant des années.
    Ailleurs, cela se traduit par une éviction radicale, après la prise de risque d’en parler pour que cela cesse... On est en encore loin de réelles conditions justes et égales.
    Merci pour votre témoignage.
    Catherine Martinez


  • Merci pour vos réactions, Vos remarques et encouragements me touchent beaucoup.
    L’érudition et les qualifications ne protègent pas de pratiques de ce genre, Juliette et Alias, et on peut réfléchir sur un thème, voire l’enseigner et pratiquer soi-même ce que l’on dénonce par ailleurs !
    Du courage, Jean-Paul, merci de l’écrire, je ne peux pas le dire moi-même, mais je peux revendiquer de l’obstination, ça oui, j’ai continué à me dire ensuite que ce n’était pas possible (!), j’en ai vu des vertes et des pas mûres pendant ces 4 ans pour finir par y arriver (j’étais au bord de laisser tomber !).
    S. j’ai lu votre texte et en effet, vous avez aussi connu cela, avec les rires...
    Oui Catherine c’est exactement ça, l’abus de pouvoir "soft" en toute impunité... Un monde sans règles et sans limites.
    Pour réformer tout cela comme vous l’évoquez, Mathilde, il faudrait imaginer une déontologie singulièrement absente de ces procédures de recrutements, des formes de contrôle, une transparence des débats et des moyens de recours pour les candidats... Ce n’est pas gagné !!
    Merci Sabine pour votre appréciation, j’ai essayé d’être juste en effet et de faire parler le silence, de mettre des mots sur l’injustice ressentie.

    Je suis heureuse de l’écho que rencontre ce texte, c’est sans doute un grand mérite de Raconter la vie, celui de mettre à jour des choses invisibles et indicibles jusque là.


  • gavroche :
    j’aime beaucoup votre récit il me fait penser à la marge. D’ailleurs cela se passe dans un train, une zone hors temps et me rappelle un auteur que j’ai beaucoup lu Gracq, notamment "un balcon en forêt" ou le personnage grange, pendant la drôle de guerre erre en marge du temps. Je pense à oury aussi et son discours sur l’aliénation oui décidément j’aime beaucoup votre récit, merci.


  • Merci pour vos deux commentaires, Gavroche et Anne-Valérie.
    En effet le train est un entre-deux, et le hasard m’y a fait rencontrer Régis au cours de nos pérégrinations respectives de profs volants. Je n’aurais sans doute pas pu lui parler comme cela dans d’autres circonstances, et il ne m’aurait sans doute pas écoutée avec la même acuité. Nous étions un peu hors-temps en effet, le soir qui plus est, dans le silence de cette voiture à moitié vide.
    La dureté de ce que vous vivez n’a rien à voir avec mon expérience, Anne-Valérie et pourtant vous y avez trouvé des résonances, sans doute dans la recherche de dignité et la lutte pour que votre parole soit entendue. J’espère que ce sera le cas bientôt !


  • Bonsoir
    Merci pour votre récit
    Je partage beaucoup des commentaires qui vont ont été faits mais quand même , je "tousse" , et même, je "tousse grave" : il y aurait un savoir, dirons -nous, académique, qui n’aurait rien à voir avec le savoir- être minimum requis ? C’est sûr en musique 2 noires font une blanche, mais dans l’univers académique quel est ce regard porté sur la valeur des travaux menés par une femme et ses compétences pour un poste ? Qu’est ce qui est le plus abject : le tyran ou sa cour ?
    Ce n’est pas rassurant sur le choix des enseignants , ni sur la transmission faite aux élèves .


  • Bonjour Clotilde,

    Eh non, de mon point de vue, savoir et savoir être ne vont pas forcément de pair, sinon les plus érudits ou sortants de grandes écoles seraient des modèles d’éthique et d’honnêteté, ce qui n’est guère le cas... Par contre d’autres peuvent mettre en accord leurs actes et leurs paroles, heureusement, et on rencontre aussi des gens qui ont fait des études très courtes et ont une éthique remarquable !
    Il me semble que la question est plus celle de la régulation des choses, des recrutements en l’occurrence et de la place laissée à la domination des uns sur les autres. Aujourd’hui les commissions de recrutement comportent plus d’enseignants chercheurs extérieurs aux universités qui recrutent, ce qui peut modérer les effets que j’ai connus à la fin des années 1990. D’autres milieux professionnels sont d’ailleurs sans doute plus durs avec les femmes que le milieu universitaire, et les discriminations peuvent toucher les hommes, les jeunes, les minorités ethniques, tel ou tel aspect physique etc., à l’université comme ailleurs. Tout dépend de qui dirige les opérations et de quels garde-fous on se munit !

    Bien à vous,

    Maryse


  • Bonsoir
    Triste histoire : critères sexistes, critères dits académiques flous, processus de recrutement qu’on ne comprend pas toujours... Mais est-ce si différent de nos jours ? Pour nos jeunes doctorants c’est désormais la "course" à la publication durant les années de doctorat.... et des bruits qui courent, dont je suis toujours étonnée quand je discute avec mes doctorants : deux articles dans des revues classées 2 ou 3 CNRS, et bien sur plutôt dans des revues anglosaxonnes (!!) etc... car chaque doctorant a sa version des critères de qualification CNU... autant j’accompagne mes doctorants à publier, autant je reste perdue et éberluée par cette absence de clarté... sans compter qu’à vouloir trop publier durant son doctorat, on passe à coté de ce temps long mais nécessaire à la réflexion théorique et épistémique !!! Bref la vie universitaire est étonnante d’ombres... mais j’adore ce métier !


  • Bonsoir Maryse,
    Tu illustres à travers cette malheureuse et injuste histoire la situation du système universitaire qui ne fait qu’empirer.
    Quand à la sociologie à l’université, en particulier celle qui s’intéresse aux "quartiers populaires" et aux "jeunes des cités", on pourrait dévoiler nombre d’impostures.
    J’espère que ce commentaire te trouvera pleinement épanoui ...
    Â bientôt, N.



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