Le roman vrai de la société d'aujourd'hui.
Soyez-en les personnages et les auteurs.

||

Permalien



Copiez le code d'intégration

Publication : 7 avril 2014

Durée de lecture : 6 mn

Nombre de mots : 1330

Le témoignage d’une jeune femme instituée curatrice de son frère schizophrène, entre dévouement et désespoir.

Mon don à moi, c’est celui de te protéger. Je suis devenue ta curatrice pour être ton autre, ta voix, ta conscience parfois.

Portrait de Kahina S. dans La Croix :


56 commentaires :

  • Bravo pour ce jolie texte, sensible et concret. Je partage votre détresse. J’ai eu l’agréable surprise de votre commentaire concernant mon texte, mes petits problèmes mon dégoût du tout fric, mais votre expérience par sa différence sa richesse est bien plus profonde que mon malheur, je change de travail voila tout, vous, vous ne changerais pas de frère, tant pis, tant mieux, la vie est véritablement un chemin d’expérience de confrontation souvent avec soi d’ailleurs ! Merci d’offrir ces tranches de différences cette unité universelle des gens qui comme nous vivons simplement sans grand destin juste celui de vivre la plus grande aventure qui soit : notre vie.
    Bien à vous.


  • Bonjour,
    Mon frère je ne peux le changer certes, mais désormais sa maladie fait partie du quotidien, et il nous semble presque "normal" qu’il soit malade. Néanmoins, ce n’est pas un acte de résignation, mon texte n’a pas été écrit pour inspirer la pitié, mais l’espoir ; celui d’une possible solidarité entre les êtres humains ! C’est juste une grande aventure, avec ses peines et ses bonheurs ! Concernant vos "petits problèmes de dégoût de tout fric" je les partage tellement ! La course folle de l’Homme pour amasser les deniers, (quitte à écraser les autres au passage) ; m’indigne chaque jour ; ce capitalisme est une tare aiguë ! Lorsque j’ai travaillé en tant qu’hôtesse de caisse je discutais souvent avec une personne qui travaillait dans les rayons de l’hypermarché ; finalement nos tâches étaient aussi ingrates les unes que les autres ! Être considéré comme un subalterne, un pantin déshumanisé, m’a été très difficile à vivre ; trop éprise de ma liberté peut-être...


  • Merci pour ce texte plein de respect et de tendresse.
    J’ai accompagné environ 20 ans un bipolaire, que j’ai dû aussi naguère faire interner en HDT : je sais combien l’épreuve est douloureuse pour tout le monde.
    La différence isole. On laisse parler les voisins, mais on se retrouve au final seul avec quelques proches, et cet autre qu’on aime comme une personne, et non comme une catégorie, une étiquette psychiatrique, un malade...
    Je vous souhaite courage et optimisme....


  • Merci pour votre commentaire. L’HDT est assez difficile à vivre effectivement ; je sais que la hantise de mon frère est de se faire interner et je culpabilise énormément lorsque j’y suis contrainte. Le regard des gens m’indigne profondément. Je supporte de moins en moins ces regards fixés sur mon frère, moqueurs. Son accoutrement parle pour lui, c’est déjà beaucoup ; mais inlassablement les autres toisent et lui rase les murs en marchant parce qu’il sent ces regards. Ça m’afflige... De la bipolarité je ne sais que peu de choses ; j’irais lire votre texte avec plaisir.


  • Contre les autres qui regardent, on ne peut rien faire, mais contre le poids du regard des autres, on peut tenter de se blinder...
    Une fois équilibré par son traitement, votre frère n’aura peut-être plus besoin de séjours forcés en HP....


  • On ne peut rien faire mais c’est un poids de plus en plus difficile à porter. Ce n’est pas un sentiment de honte mais d’exaspération ; alors maintenant, quand ils le toisent je les toise à mon tour jusqu’à ce qu’ils baissent leur satané regard. Instinct de protection... Le traitement a été modifié plusieurs fois, les psychiatres qui le suivent changent souvent du coup, il n’y a pas de suivi sur le long terme. Je fais tout pour éviter d’autres hospitalisations, en veillant à ce que son traitement soit fait et surtout à l’écouter pour comprendre ce qui le mine parfois, afin de désamorcer les crises potentielles.


  • Merci pour ce très beau texte, Kahina.
    Les oeuvres, fictionnelles ou non, qui abordent le thème des maladies psychiatriques brossent souvent un portrait faussement romantique du malade (au sens de Lamartine et de ses compères). Votre texte sonne juste, en évitant le pathos comme l’idéalisation de la maladie. Une très belle lecture !


  • Merci ! J’ai tenté de dresser un portrait de mon frère le plus réaliste possible. Quelques bribes de l’existence de cet anti-héros qui est ma raison d’être. Un hommage fraternel, une déclaration d’amour...


  • Bonjour Kahina,
    je viens de lire votre récit. Toutes deux soeurs de frères handicapés, c’ est vrai que l’ on peut comparer. il y a beaucoup de points communs, en effet, deux anti-héros, cette volonté de rendre hommage à un frère qui nous porte. Votre récit est très coloré, et la relation que vous entretenez avec votre frère me touche énormément. Vous êtes très courageuse. Dans votre récit, tellement de phrases vraies : " cette société qui reluque la différence" ( ;..), "Mon don, celui de te protéger" mais aussi "rester digne"...J’ aime beaucoup votre manière de voir les choses, clairvoyante et réaliste. J’ aime aussi votre style. Une petite question, un peu naïve peu-être/ Avez-vous déjà envisagé d’ écrire un livre à quatre mains avec votre frère ?
    Bien à vous, Magali.


  • Bonsoir Magali,
    Merci pour ce gentil commentaire. Ecrire un livre avec mon frère ? Et bien, dans un premier temps, il n’est pas au courant que j’ai écrit ce texte à propos de lui. L’idée serait séduisante, lui et moi n’abordons pas vraiment sa maladie, donc sa manière de percevoir le monde avec ses mots serait peut-être intéressante. Néanmoins, ses aspirations tournent le plus souvent autour de considérations infantiles et il me semble pour le moment assez malaisé de m’engager dans cette voie-là de le faire parler d’autre chose que de celles qu’il réclame sur l’instant. Néanmoins, j’aimerais beaucoup ; peut-être un jour !!!


  • C’est sobre, plein de retenue et en même temps très émouvant : une très jeune fille qui devient mère, en quelque sorte. Mère et responsable d’un proche en souffrance. Un témoignage fort pour une réalité presque quotidienne (l’hospitalisation psychiatrique)...


  • Merci pour votre commentaire. C’est tout à fait cela : le témoignage d’une réalité quotidienne, mettant en scène ces actifs, qui tentent de prendre soin de ces passifs et d’alléger leur labeur et le leur, par la même occasion...


  • Je suis bouleversée par votre texte d’autant plus que je connais les "enjeux"...
    Je pense à un livre, écrit par une auteur qui souffre d’une psychose, peut-être le connaissez-vous ? UNE FOLLE EN LIBERTE, de Beate Grimsrud. Le titre (ou sa traduction) n’est pas terrible mais ce livre est remarquable. Elle arrive, étant écrivain, à mettre des mots sur ce qu’elle vit.
    Vraiment très touchée en tout cas par cette belle relation avec votre frère, ce qu’il vit et toute votre famille, mais ce qu’il en ressort, c’est de l’amour et du respect.
    Amitiés,
    Virginie.


  • Je viens de lire (de relire plutôt) votre texte.
    "Je suis devenue ta curatrice pour être ton autre, ta voix...". C’est là une situation extrêmement lourde, pour ne pas dire écrasante pour une jeune personne comme vous. On est saisi devant la totalité de votre prise en charge de la situation. Et aussi par votre façon de renvoyer le "regard" des autres... Bien vu aussi la "traite des fous" ... On ne peut qu’admirer votre dignité exemplaire.
    Jean-Charles Lapierre.


  • Cher Jean-Charles,
    Votre commentaire est très touchant ; je vous en remercie. Mais vous savez, cette situation ne m’écrase pas, puisqu’elle est ancrée en moi. Tout comme mon frère. Lorsqu’il tombe, c’est moi qui pleure, quand il sourit, je m’extasie ; c’est peut-être cela l’amour. Une de mes définitions du bonheur : vouloir pour l’autre ce que l’on souhaite pour soi-même. Je suis devenue mature avant l’heure je pense, parce que la quiétude m’a quittée très tôt. Mais j’ai tellement gagné en humanité !


  • Chère Kahina,
    Votre récit est très touchant... D’ailleurs et si vous me le permettez, il me rappel le film "intouchable". Votre frère et vous, vous l’êtes aussi et rien n’y personne pourra changer ça. Vous êtes très courageuse mais quant on aime... Le plus important dans votre parcours à tous les deux c’est que vous restiez unis, peu importe le regard de pitié ou immature que vous croisés car l’amour est plus fort que tout. Vous pouvez êtes fière de vous car c’est l’amour qui aidera votre frère a avoir la vie qu’il mérite.
    Je vous souhaite beaucoup de bonheur !!


  • Merci pour votre lecture et votre commentaire. Oui, l’amour est le moteur qui nous porte, il est inaltérable. Comme dans le film Intouchable, l’un rend l’autre heureux et c’est cela, la force de notre relation fraternelle. Beaucoup de bonheur à vous également !


  • J’ai lu votre texte et j’ai pensé que ce site avait sans doute été créé pour ça, pour que l’on puisse découvrir des récits comme le vôtre et se sentir fière ou fier d’être un être humain.


  • Merci pour votre lecture et ce gentil commentaire. Je suis d’accord je crois vraiment que l’une des vocations du site est de faire entendre des voix comme les nôtres. Des histoires du quotidien, de la réalité.

    Bien à vous,

    Kahina


  • Très beau. Je suis émue de tout l’amour qui ressort de ce texte.


  • Chère Audrey, merci pour votre lecture et votre commentaire !


  • Très beau texte.
    Émouvant, juste et sensible.
    Merci de votre témoignage.
    Et merci aussi, oui,
    de tout ce qui ressort,
    au travers de vos mots,
    d’humanité, respect et dignité.


  • Chère Catherine, votre commentaire est très touchant. Humanité, respect et dignité sont des valeurs auxquelles je suis très attachée. Si elles ont pu ressortir de ce texte, j’en suis plus que fière !

    Bon après-midi

    Kahina


  • Chère Kahina,

    moi aussi j’ai relu votre texte que je n’avais pas commenté. Je lis de nombreux récits mais ne les commente pas tous, parfois par pudeur.
    La fille de ma marraine, en Hollande, est elle aussi atteinte de cette maladie, comme la fille d’une très chère vieille amie de 80 ans, aux USA...Et le fils de nos "voisins de campagne", ici...Dans les 3 cas, la famille est aux premières loges et veille sur le malade. Mais en règle générale, il s’agit des parents...
    Votre courage est grand.
    Juste vous dire de penser aussi à vous : il faut vivre, vous aussi.♥♥
    L’écriture est déjà un magnifique pas. BRAVO.
    Des bises depuis la Ville Rose.


  • Chère Sabine, je vous remercie pour votre relecture ! On connait tous quelqu’un qui souffre d’une pathologie mentale. Dans la culture de mes parents, " schizophrène" n’existe pas, on parle de "fou". Terme générique... Certains symptômes de sa maladie leurs sont complètement inconnus ou alors, incompréhensibles. Ce qui parfois altère leur jugement. Je crois réellement aux valeurs d’entraide et de fraternité et je les applique à moi-même. Mon frère est un peu mon fils aujourd’hui. Il me craint plus que nos parents. Mais je ne m’oublie pas. J’ai décidé l’été dernier d’aller vivre seule, à quinze minutes de chez mes parents. Ça a été presque insurmontable de me séparer de lui. Mais je me dois de rester forte pour lui, pour moi. J’ai compris que le corps médical se foutait complètement du sort des malades. Ils ne savent qu’enfermer et bourrer de médicaments. Ce qui leur importe c’est que ces malades restent calmes et tant pis si on inhibe leur conscience. Je suis très active au niveau médical pour éviter ces dérives et montrer que mon frère n’est pas qu’un malade, il est aussi un jeune homme de trente ans qui a des aspirations !


  • Kahina, votre récit est bouleversant, j’ai l’impression de vivre que ce que vous vivez....mais moi je n’en suis qu’au début de l’histoire. Mais la suite...je pense malheureusement déjà la connaître.
    Merci pour ce témoignage.
    Que votre frère soit heureux dans le monde des fous, quant à nous, soyons fous de croire que la folie est cet autre si étranger, si loin de nous.
    Cordialement,
    Flori


  • Chère Floriane,
    Merci pour votre lecture et ce commentaire. Je ne sais pas si c’est un membre de votre famille qui est malade ou bien des personnes que vous accompagnez dans le cadre de votre métier d’éducatrice spécialisée. Il ne faut pas être aussi pessimiste ; la suite, dans le cas des maladies psychotiques est très fluctuante. Certains malades vivent une existence presque "normale". Mais j’ai une intime persuasion, c’est qu’on ne peut pas abandonner ces personnes à leur sort. C’est pour cela que même si les proches sont dépassés, des institutions extérieures jouent le rôles d’accompagnants. D’ailleurs, j’ai choisi de ne pas gérer l’argent de mon frère car je cède trop à ses caprices et donc, je n’aurais pas pu thésauriser une partie de son argent comme le fait l’UDAF. La fin de votre commentaire est très intéressante . Le monde de fous, n’est-il pas un monde dans lequel nous évoluons également ? Certes, il y a échelles de folies. La folie mentale est placée en haut de l’échelle. On a peur de celui à qui la conscience échappe. Mais par amour, j’ai vu des actes, pire que ceux d’un schizophrène ! Un conseil, restez positive, soyez organisée dans votre vie, peut-être pour tenter de conserver du temps pour vous (j’avoue que j’y arrive difficilement parce que je suis trop maternelle). Mais en conclusion, je sais que mes efforts ne sont pas vains et que chacun de mes actes a pour but le meilleur qui soit pour mon frère !

    Bien à vous,

    Kahina


  • Cela concerne un de mes frères en effet.
    Il est vrai que pour aujourd’hui, ma vision peut paraître pessimiste mais nul doute que dès demain, ma soif de vie et ma volonté d’aller de l’avant reprendra de sa splendeur.
    Quant à la folie, il y en a sans doute plusieurs, celle de l’opinion publique, celles du domaine médical qui a besoin de classifier, celles des philosophes, celle de Jean Oury à qui je me réfère beaucoup. etc.
    Être schizophrène en soit ne veut rien dire. Je connais des Instituteurs schizophrènes, des milliardaires schizophrènes, des artistes schizophrènes, des mendiants aussi ... on ne peut jamais s’arrêter à une seule étiquette.
    Pour ma part, je me considère aussi folle que mon frère, la seule différence est que je n’ai pas à subir le stigmate sociale, voir physique (causé par les traitements).

    « Jamais la psychologie ne pourra dire sur la folie la vérité, puisque c’est la folie qui détient la vérité de la psychologie. » Michel Foucault


  • Vous avez tout dit, il n’y a pas une seule schizophrénie. Ce qui est important c’est de ne pas vivre en tant que soeur, à "l’intérieur" de la maladie mais à côté d’elle. Oui, le regard de la société est douloureux. Je ne m’en suis pas encore totalement affranchie ( il faut savoir que mon frère s’habille de façon parfois très étrange pour le commun des mortels). Mais il faut malgré tout avancer, aller de l’avant pour eux, pour nous.
    Beaucoup de courage. Nous pouvons nous contacter par mail si vous souhaiter parler.

    Bien à vous,

    Kahina


  • Très beau texte, sobre, touchant, intelligent et si bien écrit. On devine que vous êtes une belle personne... Merci pour ce partage...
    Bien à vous


  • Chère Myriam,
    Merci pour votre lecture et tous ces gentils compliments ! Ça me touche beaucoup !
    Bonne fin de journée,

    Kahina


  • Kahina
    j’aime tout autant ce que vous dites en réponse aux commentaires que votre texte lui-même. Vos réponses éclairent votre texte, le complètent, l’enrichissent.
    Je trouve troublante cette façon dont vous finissez par enfanter votre frère, comme une mère.
    Merci pour ces lignes sobres et poignantes


  • En un mot : poignant.


  • @Patrice Obert : Bonsoir et merci pour votre lecture et votre commentaire. J’ai très tôt compris que pour le monde médical, mon frère n’était qu’un malade parmi d’autres. Je me souviens de ces pyjamas, verts, bleus ou jaunes que les malades portaient selon le service. Un uniforme de prisonnier... Je me souviens aussi des psychiatres qui le connaissaient depuis peu et qui augmentaient les doses médicamenteuses en fonction de certains comportements de mon frère qui étaient justifiés (on lui promet une permission qu’on annule sans raison la veille... Crise de colère... Double dose de calmants pour l’inhiber...). Très tôt, j’ai compris que mes parents n’avaient pas toutes les armes pour aider mon frère bien qu’ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient (barrière culturelle, barrière de la langue...). Si ce jeune homme de trente-et-un ans est un schizophrène depuis onze ans, c’est mon frère aîné, celui avec lequel j’ai la plupart de mes souvenirs d’enfance, celui que j’admirais et que je craignais en même temps, mon héros. Alors je choisis de devenir une part de sa conscience, pour tendre vers ce qui est mieux pour lui. Mon objectif est qu’il trouve un equilibre, puisse vivre en autonomie et travailler. Le monde médical n’est présent que pour lui injecter tous les 28 jours une dose de Xeplion 100mg. Pour le reste, je m’en occupe !
    Bonne soirée !

    @Sayuri Fumiko : Bonsoir ! Merci pour votre lecture et votre commentaire !
    Bien à vous

    Kahina


  • Chère Kahina
    Je tenais tout d’abord a vous féliciter de votre dévouement envers votre Frère.
    Quelle belle preuve Amour, Cella me touche beaucoup car vous réaliser le but de notre existence qui est de donner de l’Amour et du Soutient aux êtres qui nous sont chers , mais également a tout être humain , car nous faisons partie de la même Famille Humaine.
    Je prie pour votre frere et vous et si je peut apporter mon Aide , j’en serai heureux.
    Et encore merci.


  • Cher Redha,
    Merci pour votre lecture et ce commentaire qui me touche énormément ! Beaucoup sont obsédés par mille choses futiles alors que le véritable bonheur réside dans si peu de choses ! Beaucoup perdent leur part d’humanité au nom de je ne sais quelles valeurs. Beaucoup pensent que mon frère est une charge et me donnent des conseils qui me permettraient de me "décharger". Mais, qui dit "décharger", dit "charge" et mon frère n’en n’est pas une. Il est un être humain au même titre que tous les autres et puisqu’il est malade, il est plus ou moins dépendant. Je n’attends rien en retour de mon action envers mon grand frère : ni respect, ni remerciement, ni pitié. Je défends seulement mes valeurs comme je l’ai maintes fois répété. Je pense que nous les partageons, votre commentaire a résumé ma pensée ! Merci !


  • Dense et fort. Avec la force de la jeunesse pour tout affronter.
    Centré sur l’essentiel. Ce que sont les moments forts de la vie, dans des relations vraies, le coeur à nu.
    Universel : quel que soit le motif de ces moments forts, on puise au meilleur de nous-même.
    Merci à vous, Kahina, pour cette sensibilité et cette écoute toujours présente.


  • Chère Marie. Merci pour votre lecture ! J’ai trouvé votre commentaire particulièrement beau. Vos mots me touchent, me parlent, mais pourraient parler à plein d’autres, qui vivent mille autres situations. Merci !

    Bon après-midi,

    Kahina


  • Ce qui est avant tout remarquable dans votre récit, c’est la qualité de l’écriture, votre maîtrise de la langue, les mots justes, cette fluidité, cette “facilité” à vous lire (même si vous avez peut-être souffert pour penser ce texte et pour l’écrire). Comme on sait, “ Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement / Et les mots pour le dire arrivent aisément ”. C’est votre cas.
    Est-ce que votre frère parle ? Est-ce qu’il énonce des mots, des phrases ? Que dit-il ?


  • Cher Jean-Paul,

    Merci pour votre lecture et tous ces compliments ! Concernant mon frère, il parle, oui. Il parle souvent pour réclamer des choses ; parfois il se plaint, et c’est légitime. De temps en temps, il a raison sur toute la ligne. Son discours est tout à fait cohérent, hormis lorsqu’il est en crise de colère. Parfois, il fait des caprices parce qu’il est sans cesse dans la sollicitude matérielle et qu’il faut savoir lui imposer des règles. A d’autres moments, je l’entends chuchoter, ou rire ; je me suis beaucoup concentrée pour tenter de déchiffrer ses murmures, je crois qu’il (se) raconte ce qu’il va faire et rit de certains souvenirs. Je sais aussi que dehors, il adopte un comportement complètement différent, il peut chanter, danser, hurler, c’est à l’extérieur qu’il s’exprime, peut-être parce qu’à l’intérieur du cocon familial, nous tentons d’ "édulcorer" sa folie. In fine, j’ai compris qu’il fallait le laisser vivre dans son monde. Tant qu’il est heureux...
    Au plaisir de vous lire, bonne soirée !

    Amicalement,

    Kahina


  • Bonjour Kahina,

    Journaliste pour l’émission Toute Une Histoire diffusée sur France 2, je me permets de vous écrire car je prépare une émission sur les frères et soeurs de personnes handicapées ou atteintes de troubles psychiques.

    Je pense que votre témoignage pourrait apporter beaucoup à l’émission. Seriez-vous d’accord pour en discuter avec moi ?

    Si oui, vous pouvez me contacter au 0153842991, ou m’écrire à l’adresse suivante vmommeja@reservoir-prod.fr

    Merci infiniment.

    Valentine


  • Chère Kahina,
    • Pourquoi ne pas mettre par écrit – ici ou ailleurs – l’essentiel des paroles de votre frère, lui « donner » la parole en quelque sorte ? Il faudrait lui demander son avis, bien sûr, mais on aimerait l’entendre pour mieux le comprendre.
    • On a dû déjà vous parler de la clinique de La Borde dans le Loir-et-Cher (https://fr.wikipedia.org/wiki/Clinique_de_La_Borde). Elle conviendrait peut-être à votre frère, mais c’est loin de Lyon.
    • Quand vous citez Flaubert (« Je suis doué d’une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire »). Pensez-vous à vous ou à votre frère ?
    Bonne rentrée.


  • Cher Jean-Paul,
    Pourquoi pas ? D’ailleurs, je trouve que mon frère s’exprime très bien ! Ce qui peut être un écueil dans la réalisation de ce projet, c’est que je trouve qu’il n’a pas une discussion très variée ; il parle beaucoup pour réclamer des choses, se plaindre de ne pas avoir une énième paire de basket... Mais ça pourrait être intéressant !
    La clinique de la Borde : ça semble être un bon établissement ! Malheureusement, c’est assez éloigné de Lyon. Mais selon l’état de mon frère, je pourrais être amenée à prendre la décision de le faire suivre hors de Lyon. Merci pour la référence !
    Quand je cite Flaubert, je parle de moi. Cette phrase, je la trouve belle, en la découvrant j’ai directement pensé à mon cas. Il y a tout un versant de ma personnalité que je retrouve dans cette phrase, mais j’essaye de combattre de cette sensibilité qui prend trop d’ampleur parfois (pour trois fois rien, bien souvent) et qui m’ôte donc toute objectivité, cette exacerbation des sentiments qui n’est presque bonne que dans l’art (et l’amour parfois).
    Bonne rentrée également,

    Bien à vous

    Kahina


  • Que dire d’autre que vous n’ayez si justement dit ?


  • Chère Stéphanie,
    Merci pour votre lecture ! Je crois qu’il faut agir après avoir "si justement dit" !


  • Mes respects pour ce que vous faîtes.
    Soutenez-les, ces regards, je penserai à vous la prochaine fois que je baisserai la tête.
    Peutre.


  • Merci pour votre message ! Je crois que pour combattre les préjugés, il faut les affronter. Je choisi de leur tenir tête et de faire entendre à ces autres, en soutenant leurs regards jusqu’à ce qu’ils baissent les leurs, tout penauds, ce que peut ressentir mon frère face à leurs regards insistants, perturbants, envahissants. Je me dresse comme un rempart. Instinct de protection, peut-être, beaucoup d’amour, également et surtout, un immense sentiment de fierté. Ils n’ont pas la chance d’avoir un frère comme le mien !
    Ne pas avoir honte de ses faiblesses, rester digne, croire en soi, avancer.

    Bien à vous,

    Kahina


  • En vous lisant, j’ai pensé à l’émouvant film de Sandrine Bonnaire qui évoque la maladie ( mais pas seulement ! ) de sa soeur Sabine. Faut-il rappeler - y compris au corps médical - que les malades sont avant tout des personnes ? Je vous souhaite à tous les deux de trouver les interlocuteurs qui vous permettront de continuer à avancer.


  • Colette,
    Merci pour votre lecture et ce commentaire. Malheureusement, chez beaucoup de professionnels du corps médical —notamment psychiatrique, il y a une forme de déconsidération du malade, qui est avant tout une personne. J’en ai vu des choses, des actes, des comportements discriminatoires ou déshumanisants envers les personnes qui souffrent de troubles mentaux. Il faut tout de même relativiser : les hôpitaux sont débordés et il n’y a pas assez de moyens financiers. Il faudrait une réflexion de ceux qui gouvernent, mais je pense qu’ils sont trop occupés à s’écharper les uns les autres ! Alors, on essaye d’avancer avec nos propres moyens, et surtout, notre amour ! Je vous souhaite une belle journée,

    Bien à vous,

    Kahina


  • Colette,
    Merci pour votre lecture et ce commentaire. Malheureusement, chez beaucoup de professionnels du corps médical —notamment psychiatrique, il y a une forme de déconsidération du malade, qui est avant tout une personne. J’en ai vu des choses, des actes, des comportements discriminatoires ou déshumanisants envers les personnes qui souffrent de troubles mentaux. Il faut tout de même relativiser : les hôpitaux sont débordés et il n’y a pas assez de moyens financiers. Il faudrait une réflexion de ceux qui gouvernent, mais je pense qu’ils sont trop occupés à s’écharper les uns les autres ! Alors, on essaye d’avancer avec nos propres moyens, et surtout, notre amour ! Je vous souhaite une belle journée !

    Bien à vous,

    Kahina


  • Bonsoir,
    Merci pour ce témoignage concernant un sujet aussi douloureux que méconnu. Votre témoignage a en plus ceci d’émouvant, que vous le faites de manière sobre, simple, digne, sans apitoiement, mais parfois avec un sourire rempli d’amour, et aussi avec une sincérité qui ne dissimule pas la complexité de votre relation avec votre frère, notamment la gêne ou la honte. Par ailleurs, si court soit votre texte, vous y décrivez la vie de votre frère (et une partie de la vôtre) sous ses divers aspects et de manière précise. De la sorte, vous permettez au lecteur d’avoir une vision plus globale et plus juste de la situation d’un schizophrène. Une vision imparfaite bien sûr. Mais au moins, nous voyons cette maladie autrement, plus humainement grâce à vous.


  • Bonsoir,
    Merci pour votre lecture et ce commentaire. Derrière les malades, il y a avant tout des êtres humains. Beaucoup l’oublient et réduisent certains à leur seule maladie. J’ai voulu raconter quelques bribes de la vie de mon frère, définitivement liée à la mienne. Ce texte est avant tout une déclaration d’amour. Je suis fière de mon frère et la honte dont vous parlez, est celle ressentie par mes parents, qui ne comprennent pas forcément tous les aspects de la maladie de mon frère. Quant à moi, je n’ai pas honte de lui ; si jamais je me laisse envahir par ce sentiment, je laisse la société et son regard inquisiteur gagner. Et ça, ce n’est pas possible ! Je vous souhaite une bonne soirée !

    Kahina


  • Bonsoir Kahina,

    Je viens de lire votre récit, écrit avec pudeur et justesse : je suis schizophrène paranoïde en stabilisation. J’essaie, avec mon psychiatre, de me passer d’une injection et je prends des cachets tous les jours. Je connais bien votre frère car c’est aussi moi quand je vais mal. Je suis en curatelle renforcée par une ATMP en Haute-Savoie ; ce n’est pas toujours le bonheur. Principalement, comme vous le décrivez bien, par manque d’argent. Le regard des autres, ça passe : j’ai pu conserver des amis, mes parents et frères mais ma femme et ma fille sont parties. J’ai écrit des pages et des pages et je les ai transmises à Raconter la vie. On verra si c’est publiable. Bon courage ; mes pensées et prières du soir vont vers votre frère et la famille.
    Thomas Besch


  • Cher Thomas,

    Merci pour votre lecture et ce commentaire ! Dans le cadre des maladies psychiques, chaque trajectoire est différente. Comme j’aurais aimé que mon frère prenne sa plume pour narrer son histoire ! J’espère avoir le plaisir de vous lire très bientôt. Il est si important d’avoir des témoignages sur ce genre de maladies !
    J’ai fait le choix de la curatelle renforcée pour protéger mon frère ; j’ai délégué la gestion de l’AAH à un organisme : en effet, c’est assez compliqué de parvenir à jongler entre cette petite pension et le coût de la vie de tous les jours.
    Vous avez un entourage qui est resté là, parce qu’il vous aime et ce, malgré les épreuves de la vie.
    Je vous souhaite beaucoup de courage également, beaucoup de bonheur et d’amour. Merci !

    Kahina


  • Bonjour,Kahina
    Je suis déjà très émue par votre belle personne, telle qu’elle apparait dans toutes vos réponses !
    J’arrive juste sur le site, et je vais bien sûr aller lire votre texte. Je voudrais aussi écrire mon témoignage de mère d’un jeune homme de 23 ans, bipolaire et pe schizophrène, hospitalisé en isolement depuis 3mois....
    Il y a besoin de nos voix pour faire entendre cette réalité douloureuse et trop cachée, je suis moi aussi révoltée par la déhumanisation de certains soignants, alors même qu’il y en a aussi d’extraordinaires..

    Toutes mes pensées d’admiration, et de courage !
    Dominique


  • Chère Domi,
    Merci pour votre commentaire. Oui, écrivez donc un texte, nos témoignages sont nécessaires ; nos voix doivent "faire entendre cette réalité douloureuse et trop cachée". Exprimez votre révolte. Dites votre amour. Gravez votre histoire. Pour votre enfant et pour vous-même. Je vous lirai avec plaisir. Je vous souhaite une belle journée.

    Amicalement,

    Kahina



Votre commentaire

Pour poster un message, vous devez vous connecter ou avoir créé un compte.