Le roman vrai de la société d'aujourd'hui.
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Publication : 15 janvier 2014

Durée de lecture : 8 mn

Nombre de mots : 1660

Christophe Petot nous relate son quotidien : il est conducteur de métro sur la ligne 11, à Paris. Ouvrez les yeux, Parisiens, vous le rencontrerez peut-être entre les stations Châtelet et Mairie des Lilas. Il vous transporte tous les jours, dans les tunnels souterrains.

Assis sur le siège, je suis ballotté, secoué par les soubresauts du train monté sur d’énormes pneumatiques qui suivent le tracé sinueux de la voie.

Ma journée de travail se décompose en nombre de tours que je décompte.

Ecoutez Christophe Petot en direct de sa cabine, dans l’émission Vacarme sur RTS.

Retrouvez le portrait de Christophe Petot sur le blog Premiers métros.

Portrait de Christophe Petot dans La Croix :

Publication dans La Nouvelle Vie Ouvrière :


36 commentaires :

  • merci d’avoir partagé l’une de vos journées avec nous ! un métier dans l’ombre des tunnels mais vous nous êtes utile ! j’essaie toujours de penser à sourire ou à faire un petit signe de tête aux conducteurs des rames dans lesquelles je monte, histoire de leur rappeler qu’ils ne sont pas des robots ! d’ailleurs, pas question de monter dans les deux rames automatisées ! pas confiance...je préfère savoir qu’un conducteur est là, pour nous mener à bon port, c’est plus rassurant en ce qui me concerne !

    Paulette


  • merci Christophe, très bonne présentation d’un métier où le temps est le seul compagnon... Mon père faisait ce métier mais sur la "ligne de Sceaux" il avait au moins le paysage en plus du temps. Il pouvait voir les champignons sortir de terre dans les champs entre Courcelles et St Rémy. Il prenait son solex à la fin de service pour aller les cueillir. Dans le tunnel, point de champignons ou alors il vaut mieux ne pas les ramasser !
    Bravo pour ce texte qui met un petit "temps" le projecteur sur ceux que l’on ne voit jamais que pour râler en cas de retard...
    Jjacques retraité de la Ratp !


  • Votre texte m’a inévitablement fait penser à un certain poinçonneur des Lilas... Belle écriture, très précise, merci pour cette tranche de vie :-)


  • Bonsoir Christophe,

    En prenant de temps à autre le Métro, je m’évade en m’imaginant la personne qui conduit cette rame.
    J’apprécie beaucoup votre récit tout en détails qui démontre bien la solitude du conducteur face au "Temps".
    Merci de tout coeur de nous faire gagner du temps.
    Bonne soirée,
    Amicalement
    Anne-Christel


  • Bravo : j’ai retrouvé cette ambiance si particulière des tunnels de notre métro parisien, le bruit des rames qui entrent et qui sortent des stations, l’alternance de lumière et d’obscurité, la ronde incessante des voyageurs, la ville et la vie qui s’invitent dans le sous-sol. Je devine votre solitude du conducteur même si la solidarité du groupe est encore forte.


  • L’ombre et la lumière, le mouvement et l’immobilisme, la vitesse et la lenteur, la foule et la solitude de l’individu, vous nous évoquez avec précision et élégance le métro parisien de 2014, notre quotidien et encore plus le vôtre ! Merci !


  • Passés à la moulinette, dévorés par big brother, la monotonie, la routine, le mimétisme, le conformisme nous pèsent, nous condamnent à aller voir ailleurs et c’est tant mieux.
    Je monte avec vous ligne 11, ne plus subir et le mieux possible fleurir sa vie, littérature, nature, cinéma, théâtre...et Internet bien sûr, et, au bout du quai, voir venir un bateau qui vient nous chercher.


  • Merci pour ce récit très poétique , très cru. J’avoue m’être cherchée dans vos portraits acérés de voyageurs, mais je n’appartiens pas à la galerie de personnages. Mais qui sait ? j’essaierai de regarder le visage du chauffeur de "ma" rame en montant à République, direction Porte des Lilas ce soir.


  • Beau récit, cela nous rappelle que ces conducteurs de métro ne sont pas aussi responsables de tous les retards comme on aime le croire. Cela dit il y en a nettement moins que sur le RER... Enfin, tout cela pour dire qu’ils sont humains avant tout et qu’un petit sourire de notre part ne ferait pas de mal bien au contraire.
    Bon courage Pierre, la ligne 11 n’est pas des plus éclairées, dommage que c’est une ligne que j’empreinte que très rarement.


  • Bonjour
    L’écriture rend vivant le bruit, les lumières artificielles, la chaleur et la fatigue, l’absurdité de ces milliers de destins croisés sans pouvoir les arrêter, les rencontrer vraiment. Le texte donne encore à sentir le sentiment d’enfermement, celui d’un animal tournant sans fin dans une cage sombre sans plus savoir pourquoi. Le verbe donne à saisir la soif de soleil, la course autour d’un lac artificiel, l’espoir d’un homme que plus personne n’attend. Tout n’est que résistance et fuite en avant. Sensation palpable de vie pulsatile. Enfin. Ailleurs, autre chose, autrement que ces tombereaux de discours vides de sens dont on nous abreuve quotidiennement. Merci. Comment vous est venue l’idée, et l’envie, de vous inscrire à des ateliers d’écriture ?


  • Merci à toutes et à tous pour vos commentaires qui me touchent beaucoup. Pourquoi avoir écrit ce texte ? Pour l’expliquer je dois remonter le temps de quelques années. J’ai repris des études à l’âge de 45 ans à l’Université Paris III Sorbonne Nouvelle en télé-enseignement de Lettres Modernes. Tous les ans la fac organise pour tous les étudiants qui souhaitent y participer un concours de nouvelles à partir d’un mot qui leur est soumis. Cette année là le mot choisi fut "Occupation". Tout naturellement je suis parti sur un thème que je connais bien et qui est mon "occupation professionnelle" comme conducteur de métro sur la ligne 11. La fac exige dans le cursus un grand nombre de devoirs académiques, des textes sur lesquels disserter, à commenter, sans parler des multiples travaux d’analyses linguistiques, qu’il faut soigner. L’amour de la littérature et ces travaux d’écriture m’ont donné un jour l’envie de me frotter à la rédaction plus personnelle d’une histoire "à base de vécu". Je me suis donc lancé dans l’aventure. On retrouve dans ce texte des références littéraires qui témoignent des lectures que je faisais alors ( Claude Simon, Proust, Chrétien de Troyes, Lewis Caroll etc.). De là, après le cursus, il reste toujours le plaisir de lire et le désir d’écrire tout en se perfectionnant dans les techniques d’écriture d’où ma participation à un atelier d’écriture.


  • Aide soignante avec un bac + 2 en lettres modernes, dans le milieu hospitalier depuis presque deux décennies, âgée de 48 ans, j’ai obtenu l’an dernier une licence au département psychologie de l’Université de Poitiers. C’est un très grand plaisir, et un soulagement, de découvrir pour moi sur ce site mes semblables. Des parcours sinueux, l’écriture comme respiration, un amour fou pour la littérature et la pensée, le désir chevillé d’apprendre, le courage de recommencer, la liberté de ressentir et de réfléchir, de créer... La capacité à regarder en face une vie en demi-teinte, des professions manuelles qui ne se réduisent pas à leur métier. Autant de petites formes de résistance dans un monde qui nous assigne si souvent à l’impuissance. Bien que nous soyons tous fort différents, répartis aux quatre coins de la France, nous voir rassemblés, invisibles aux mille mots, m’enchante. S’écrire au temps du réel est sans doute le plus difficile. Entre la chanson de geste et le "Longtemps je me suis réveillé tard" , devenu "J’ai couru jour après jour", le fantastique qui s’insinue au quotidien, vos références littéraires sont subtilement diffuses dans ce récit d’une journée de travail. J’ose vous inviter à lire mon texte, intitulé "Compter les sous que je n’ai pas". Encore merci.


  • Une vraie expérience sensorielle ! Vous avez tant pris soin de détailler chaque geste, chaque odeur, qu’on s’y croirait. Le tout prend une dimension inattendue, comme une expérience initiatique. Cela donne une très grande force à votre récit qui peut être interprété comme un fragment de vie, une journée, ou une représentation de la vie dans son intégralité, jusqu’au "terminus". Cela fait beaucoup réfléchir. Merci.


  • Récit passionnant, sur la conduite du métro, moi qui croyais qu’il n’y avait plus de conducteurs depuis longtemps. C’est le cas à Toulouse. J’ai beaucoup aimé tous les détails de votre récit, surtout ceux qui cheminent dans vos pensées tout au long de ces aller retour sous Paris. Merci pour ce joli témoignage.


  • Bab :

    Un petit tour sur le site de raconter la vie avant de recommencer la semaine, ce matin avec vous Christophe...moi qui habite aux pieds des montagnes et ne va à Paris que pour le plaisir... L’ambiance du métro m’intrigue toujours et elle fait naitre en moi plein de sentiments contradictoires : la magie de me déplacer si vite et si facilement ... le plaisir anticipé de l’arrivée en haut de l’escalier et de découvrir la ville...mais aussi le sentiment d’oppression dans les rames bondées, l’inconfort... et l’étonnement en observant les parisiens,
    musique dans les oreilles, bouquin à la main qui entrent et sortent comme si de rien n’était...qui ont l’air d’être là sans vraiment être là... comment font ils ?
    Les mendiants, les musiciens, le mélange des genres...
    Bravo et bonne chance pour vos études...
    béatrice


  • Quel joli récit, si bien écrit. J’ai eu l’occasion d’aller à Paris plusieurs fois, je retrouve votre "amusement" et votre "agacement" en regardant tous ces voyageurs parisiens, courant après le temps, marchant d’un pas rapide, se précipitant pour rentrer dans le métro au retentissement de l’alarme... Je me suis toujours demandée "pourquoi courir alors qu’une autre rame arrive 5 minutes plus tard ?" Les parisiens sont-ils pressés au point de ne pas avoir 5 minutes à perdre ?
    Certainement pas tous, mais c’est tout de même une impression saisissante quand on arrive de la "province".


  • Bonjour,
    Un voyage sensoriel éreintant, la précision des manœuvres, le temps compté : on s’y croirait.
    Bon courage sur cette ligne 11, et vive vos ailleurs !
    Catherine Martinez


  • C’est bruyant, gris et suintant la solitude. C’est un peu désespérant, mais n’est-ce pas à l’image de la vie dans cette ville... que j’ai quitté il y a bien longtemps. merci pour ce court séjour dans vos tunnels, sans lapin blanc.


  • Superbe parcours que le vôtre ; chemins de traverse qui vous mènent aux mots...Merci pour ce récit sensible, plein de "Correspondances" sensorielles et factuelles. Je me lève cette année à 4 h 20 deux fois par semaine pour prendre bus, métro, TER et bus et enseigner deux heures à 110 km de chez moi...J’ai aussi chaque matin une pensée pour tous ces conducteurs qui, eux, le font tous les jours, en horaires décalés, avec charge d’âmes...


  • Merci de lever le voile sur l’un de ces personnages que l’on côtoie chaque jour, sans jamais se parler.


  • Manuel Rios, je viens de rentrer du travail, j’ai commencé à feuilleter "Ligne11". Cela m’a donné de "l’appétit", ça donne envie de continuer. Donc, des ce fin de semaine, je me mettrais à l’ouvrage...
    6 Mars 2014 19h22 à Rennes (ensoleillé)


  • Merci pour votre récit sobre et "profond" qui me permet de ne pas oublier que,contrairement au métro de Lille par exemple, il y a une personne - un être humain- qui tient dans ses mains ma sécurité,notre sécurité de plus de six pieds sous terre.Etre humain noyé dans la solitude de sa cabine et qui décrit si bien un pan de notre société passagère non sans soucis. Oui,comme dit plus haut,il y a comme un air du "poinçonneur des Lilas".


  • Ah là vous mettez la barre très haute ! On s’y croirait vraiment. En mobilisant tous nos sens vous nous mettez en situation et on s’imagine avec vous. C’est vrai que vous évoluez dans un monde à part, parallèle. Un véritable univers que vous restituez très bien. Pour moi, à chaque fois qu’il m’arrive de prendre le métro, je pense à la fourmilière et à l’activité frénétique de ces milliers d’individus en mouvement dont on se demande bien ce qui les anime ainsi ? Ah que je vous comprends d’aspirer à la lumière du jour.
    Puis il y a votre métier, ses contraintes et sa routine, et toutes ces questions ouvertes qui me passionnent. On a supprimé les poinçonneurs, on peut aussi maintenant supprimer les conducteurs de métro et vous remplacer par un robot. Mais lui sera bien incapable de nous écrire un merveilleux texte comme le vôtre ! Et ça c’est rassurant.
    Néanmoins on revient toujours à la question centrale de notre "utilité sociale" ; mais là il me faudrait écrire un ...livre.


  • Formidable recit ! Superbe ecriture...et curieusement c’est la ligne 11 que je prenais presque tous les jours pour aller a l’hopital dans le cadre de mon recit "AVC". Votre reponse a mon recit m’a confortee dans ma decision de le faire publier...Merci. Merci beaucoup. (Pas d’accent sur mon logiciel anglais...)


  • Un texte magnifique, une écriture ciselée, travaillée qui nous embarque dans le tunnel, aux côtés du conducteur.

    Et je sais maintenant que celui-ci est le maître du temps d’ouverture des portes, qu’il détient le pouvoir de faire courir les voyageurs ! Je pense à lui (ou elle) désormais quand je suis sur le quai ou derrière la vitre sans tain.


  • Cher Christophe,

    C’est un récit magnifique que vous nous livrez. Une écriture sensorielle avec des touches de poésie. Vous nous avez faits rentrer avec brio dans votre monde. Bravo

    Kahina


  • gailclaverie :

    A Petot ! I am a Petot descendent from USA. my grandfather came to the US as a young child. Are you still on ligne 11 ?


  • Ah ! Voilà un écrivain !


  • Moi j’aimerai tout simplement trouver votre livre...???....
    un parcours professionnel presque identique....
    bonne suite...


  • Cher Philippe et Paralettre
    merci pour vos compliments,, j’en suis très touché !
    Il n’ y a , Philippe, pas de livre, juste des textes publiés sur ce site et quelques éditions papier réservés aux professionnels de l’écriture.
    Bonne journée/
    CP


  • Admirable ! le texte, les descriptions, les portraits... tout. On y est.
    Admirable tout autant, le non-dit... On le ressent.


  • "Il n’ y a pas de paroles qui en valent plus d’autres...."
    Bon bah , il me reste plus qu’à commander votre roman auprés de mon libraire préféré...
    Bonne suite...


  • Un grand merci pour ce beau récit qui ouvrent les yeux sur les conducteurs du métro qui font un travail très difficile le plus souvent sous terre ,je comprends votre hâte de vous retrouver dehors à courir pour vous requinquer...
    Encore merci d’avoir partager votre quotidien , le regard des voyageurs sera autre maintenant .


  • Belle plongée dans votre quotidien. J’ai une question : pourquoi continuer ce travail si, d’après ce que j’ai compris, il ne vous plaît pas ?


  • Beau récit, très bien écrit et plein d’une sourde tristesse. Merci pour ce voyage "en coulisse" sur cette ligne que je prends souvent en passager.


  • C’est incroyable cette autopsie de votre quotidien en même temps si précise et poignante, qui se révèle juste à la fin du récit, la doublure de la solitude et de sa souffrance...



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