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Les robots n’ont pas d’âme -
par Michel Pardon

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Publication : 25 mars 2014

Durée de lecture : 25 mn

Nombre de mots : 5060

Comment être actif et devenir un inutile ? Un électricien senior raconte son parcours.

Que s’est-il passé depuis mon entrée dans la vie active à l’âge de 16 ans jusqu’à ce jour où, à 56 ans, j’ai rendu mon badge de « technicien supérieur expert au poste de garde du centre de recherche » ?


12 commentaires :

  • Peut-être que les robots n’ont pas d’âme ( pour le moment ) . Dans la littérature de SF, les robots se révoltent de leur condition . Qualifié de SF aujourd’hui, et qui sait, de réalité demain ou après demain ? Votre récit est très intéressant car il témoigne de l’évolution du monde du travail où seul compte l’obsession des restructurations, des diminutions d’effectifs, des coûts pour que le cours de l’action augmente ,( la seule courbe ascendante autorisée) , , ,
    Vous avez gagné votre liberté. Et il y a tant de choses utiles à faire . Vous pouvez contribuer ainsi au capital immatériel de l’humanité . Ce n’est pas rien .
    Bien à vous


  • Récit percutant. C’est vrai que ce n’est pas normal que ce genre de politique conduite par les entreprises soit prise en charge par la collectivité. Ce n’exonère pas les autorités d’obliger les entrepreneurs à prendre leurs responsabilités jusqu’au bout. Et à rendre ce genre de manœuvre trop coûteuse pour être tenté de le faire.

    Evidemment la nouvelle formule est un modèle de novlangue. Ce récit est une description lucide d’un beau gâchis. Ca fait une quinzaine d’années qu’il est à l’œuvre et nous sommes en train de toucher le fond. Pendant que les responsables politiques n’ont toujours pas pris la mesure de la gravité de ce phénomène.

    L’enjeu de ce siècle est de permettre à chacun de trouver une utilité et une dignité dans cette société. Il ne faut pas compter sur les modèles anciens. C’est à nous de tout réinventer. Encore faut-il en parler. Là mes acteurs ont encore la chance de bosser pour une multinationale riche de capitaux. Que dire de toutes ces entreprises qui imposent des conditions infernales en profitant de la pression sur l’emploi ? Le plus grand ennemi est pointé ici : l’individualisme.

    Amicalement
    Franz


  • Il est intéressant également de voir dans ce genre de grosse entreprise le rôle des hiérarchies et des jeux de pouvoir. Qui montre que chacun, encore une fois en se croyant malin, par individualisme, décline les méthodes qu’il a à sa disposition en profitant de toutes les opportunités. Il y a les grandes lignes et ce que chacun en fait. Mais il est piquant de voir que ce que nous reprochons aux administrations existe ici sous une autre forme. Pour un résultat tout aussi aberrant. Au final, que d’énergie et de temps perdu !

    A la réflexion on voit comment les individus sont passé d’un système solidaire (qui ne manquait pas d’imperfections) à une guerre de chacun contre tous. Et cela aussi est parfaitement intégré dans le calcul des managers. On réalise alors que la baisse de rendement n’est pas due au hasard. Elle est organisée afin de se débarrasser de la partie productive pour se concentrer sur la partie spéculative. L’essentiel n’étant pas de gagner de l’argent avec ce qu’on fait mais avec les boîtes que l’on achète et que l’on revend et avec les dividendes pris dans en investissant les plu values dans des produits spéculatifs. On n’imagine pas à quel point l’économie s’est pervertie.

    Amicalement
    Franz


  • Je me permet de m’associer aux encouragement de Clotilde. Il est temps de sortir de cet isolement et de se donner une utilité ailleurs. Et ça manque de bras.

    Amicalement
    Franz


  • Michel
    ce que vous racontez dans votre récit est un cas d’école, vraiment ! un scénario de "placardisation" bien au point et qui a déjà été analysé. Or ce texte est bien plus qu’un rapport sociologique sur le monde du travail. On sent les terribles conséquences psychologiques et physiologiques qu’une telle mise à l’écart entraîne. On sent les larmes, l’abattement et la colère. Les détails que vous donnez sur les dérives managériales ainsi que sur votre emploi du temps qui se vide en disent long sur le désespoir qu’ils induisent. Votre nouveau statut de pré-retraité a t-il mis fin à vos souffrances ? Comment vivez-vous cette nouvelle période de votre vie ? Le fait d’avoir pu raconter dans ce récit cette lente agonie a t-il permis que vous vous engagiez sur des projets nouveaux et que vous envisagiez l’avenir de manière plus sereine ?


  • « Les larmes, l’abattement et la colère » c’est tout à fait ça, mais pas de haine, aucune. J’avais besoin d’expurger une grande douleur et le hasard de la découverte de ce site m’a donner l’opportunité de l’exprimer. A vrai dire, ce que j’expose n’est qu’un résumé de la dégradation des rapports humains au fil du temps et des mouvements de nos sociétés. Je pourrais écrire tout un bouquin sur l’évolution négative que j’ai observé au cours de ma carrière. Quand on est constructif et combatif, il y a des choses qui nous insupportent. Le plus dur est sans doute l’impuissance à faire changer les choses. Quand on est seul devant la masse on est impuissant et c’est très frustrant. Il m’a fallu un an pour me reposer et pour reprendre le dessus. Pour répondre à une de vos questions, il m’a fallu 3 jours pour écrire ce récit (bien pensé avant bien sur), et je dois dire que c’est un grand « ouf » d’avoir quitté ce merdié. Dans mon récit je parle de tristesse ; J’ai connu une cohésion (malgré les querelles inévitables entre êtres humains) et une joie au travail à tous les niveaux que l’on aurait peine a imaginer de nos jours. M’engager sur des projets nouveaux ? Très difficile ! Les associations caritatives ne sont pas forcements bien accueillantes. Je vie presque la moitié de l’année à la campagne mais mon métier me manque (quand on est mordu …).


  • Il n’y a pas que les associations caritatives. Je crois qu’il ne faut pas se créer d’obligation ni même de devoir. Aller vers ses envies, développer ses goûts. Juste s’y mettre en tentant de le faire avec d’autres. On peut même créer (ou animer) un club de modélisme ou je ne sais quoi. Cela demande un effort pour ne pas se refermer et apprendre à supporter d’autres avis, même les maladresses. Ensuite, ça se construit. Ou pas. La vie en décide.

    Amicalement
    Franz


  • En racontant votre vécu vous avez mis des mots, vos émotions sur cette méthode de mise au "placard" des seniors dans les entreprises. C’est beaucoup plus parlant qu’un reportage avec une vision extérieure.
    Peut-être que maintenant vous cultivez vos propres tomates à la campagne !
    Peut-être pouvez-vous proposez vos compétences à une "université " populaire ? Prés chez moi à la campagne il en existe une ou les activités sont très variées : informatique, anglais, randonnées...
    Bonne continuation.


  • J’ai lu avec intérêt votre texte très bien structuré et agréable à lire. j’ai connu moi aussi ce genre de situation, et c’est à 49 ans que j’ai fini par accepté un plan de départ de l’entreprise où je bossais. j’ai revécu avec votre récit toute l’angoisse et le sentiment de rabaissement qu’on subit inévitablement à ces moments là, et l’ennui, la gêne, l’envie de devenir transparent.
    j’espère pour vous que la vie après le boulot vous apportera des joies suffisantes pour oublier ces pénibles moments. Même si on n’oublie difficilement les vexations subies. La honte aussi qui pour ma part prenait étrangement le dessus.
    Je vous souhaite une belle deuxième partie de vie !
    Amicalement
    Cathy
    ps : mon texte s’appelle : "Monsieur le DRH" si vous voulez le lire (mis c’est pas obligé bien sur !)


  • Merci Cathy.
    J’ai effectivement abonder votre récit mais je ne l’ai pas encor lu. Je suis touché par votre attention.
    Après a lecture, pourrons nous peut être en parler et faire des rapprochements ; peut être en tirer des conclusions.
    A bientôt.


  • Oui avec plaisir Michel.


  • Merci Michel de ce sensible et édifiant récit.
    Vous êtes vous fait la remarque, minimale, ne serait-ce qu’un bref instant, qu’il n’avait pu voir le jour -ce récit- que parce que de "robot" il n’y a rien en vous ? Et bien je vous la fais, moi cette remarque. Quant à ce qui est de l’âme par contre... Nul doute qu’elle ait été à l’oeuvre, et qu’elle y soit encore. Belle âme, ma foi.
    Mais, hors de l’usine, est la vie ... et c’est là que vous êtes désormais. Dites-moi, vos plants de tomates sont-ils déjà en place chez vous ? Juste comme cela, pour savoir, parce que les miens m’attendent encore.
    Bien chaleureusement
    Monade



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