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La fiche de renseignements -
par Nadia Daam

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Publication : 8 janvier 2014

Durée de lecture : 4 mn

Nombre de mots : 890

Le père de Nadia est ouvrier, sa mère fait des ménages, sans être déclarée par ses employeurs. Avec ses yeux d’enfant, elle nous raconte la terreur qu’elle a pu éprouver en remplissant la fameuse fiche de renseignements imposée par l’éducation nationale.

Pour ma mère, tout se compliquait. Ma mère était femme de ménage. Mais il ne fallait pas le dire. Pas parce que c’était honteux, ni rien.


18 commentaires :

  • Des souvenirs ont refait surface en lisant ce texte.
    A l’époque ces fiches de renseignements ou la profession des parents devaient être mentionné me faisait ressentir un malaise impossible à définir dont je n’ai compris que bien plus tard toutes les raisons.
    Une classification sociale qui ne veut pas dire son nom , une hiérarchie absurde qu’un enfant de 6 ans à l’époque était bien incapable de comprendre surtout quand les parents tenait absolument à "embellir" cette fiche de renseignements de termes alambiquer qui semblaient bien loin de la réalité. Ce sentiment à resurgi quelques années après lors d’une présentation à un concours d’école d’architecture ou à l’oral les précisions demandé sur la profession de mon père (vendeur) avait engendré des regards plein de connivences et de sous-entendu entre les membres du jury. Je fus recalé à ce même oral .Bien des années plus tard mon père s’est retrouvé vendeur d’outil de sculpture .Dans cette boutique bon nombre d’architectes prenaient conseil pour faire leurs premiers pas dans cette discipline. Et quand certains se trouvaient confrontés à la dure maitrise de cet art , j’avoue que les remarques acerbes de mon père leur rappelant sue ce n’était pas le choix des outils qui était en cause mais peut-être leur vision bien trop simpliste du travail à fournir pour satisfaire leur "pulsion créatrice", une sentiment de vengeance m’envahissait. Futile ? Sans doute .Mon coca à moi !


  • Je n’ai jamais connu cette angoisse de la fiche de renseignement (mais d’autres angoisses, liées à l’école, ça c’est sûr !) ; j’aimais même beaucoup cet "exercice". Cependant, j’ai vraiment aimé votre texte. Certaines sensations d’enfance, et aussi de l’âge adulte sont venues me chatouiller l’intérieur en le lisant. Merci :-)


  • A chaque rentrée,je demande à mes élèves de remplir une "fiche de renseignements" .Parmi ceux-ci :Nom,adresse,.., profession des parents.......
    En fait il suffit de consulter le dossier scolaire de l’élève,ou même,maintenant,de cliquer sur "responsables de l’élève" sur le logiciel de gestion de vie scolaire du lycée, pour le savoir.
    C’est donc pour moi une sorte de préambule.
    Les véritables questions que je leur pose viennent ensuite : avez vous des projets scolaires ou professionnels ?A quel niveau vous estimez-vous en math ?Avez-vous des activités extra scolaires ?(souvent : x heures de foot,rugby,équitation,danse,....,parfois : travail à mac do,baby-sitting.Mais aussi :glander,faire la fête,les amis...ou : rien)

    Je précise toujours aux élèves qu’ils ne sont pas obligés de répondre à toutes les questions.Certains me rendent donc une fiche quasi vierge.

    Et puis,dernière rubrique : remarques éventuelles.
    (Je leur précise : y a-t-il quelque chose que vous voulez me faire savoir..)
    Souvent la réponse est : pas de remarque éventuelle(!!!!)
    Parfois : des problèmes de santé (angoisses,migraines,....),ou "j’aime (pas) les maths"

    Une année,une élève a écrit : "mes parents vivent ensemble mais ne se parlent plus"
    Cette année,un élève,à profession des parents :

    • mère:agent d’exploitation
    • père : je ne connais pas mon père ...... remarque éventuelle : je ne connais pas mon père.

    Le récit de Nadia m’a touchée.


  • Joli récit d’une première expérience de contrôle social qui peut déboucher au choix (et c’est cumulatif voire alternatif) à un sentiment de honte sociale ou a un sentiment d’injuste qui tous deux auront de multiples occasions de germer. Je me rappelle que j’étais très fier d’écrire "spécialisé" après "ouvrier", croyant qu’après tout c’était quand même mieux d’avoir une spécialité. Dérisoire volonté de se distinguer (qui plus tard se nichera dans la recherche de détails vestimentaires qui peineront à cacher que mes pulls, en fait, c’est ma mère qui les avait tricotés). Ironique erreur sémantique qui me faisait penser du haut de mes 10 ans qu’être ouvrier spécialisé c’est quand même bien mieux qu’être ouvrier. La fiche de renseignement comme première tentative de dissimulation sociale en sorte.


  • Simple et beau récit. Mais au fait ça sert à quoi cette fiche ?


  • Bravo pour le coca dans la piscine !... et pour ce joli texte, non dénué d’humour !


  • Une des choses les plus émouvantes de ce que j’ai lu ici pour l’instant. Merci Nadia.


  • un court récit où tout est dit ou en tout cas l’émotion passe et cela renvoie à nos propres souvenirs à propos de cette foutue fiche.
    Il y a vraiment des cas où les professeurs devraient être vigilants (mais ont ils toujours les informations pertinentes) pour ne pas insister. Ce n’est pas facile de mettre à l’écart un enfant sous prétexte qu’il peut être gêné pour remplir sa fiche mais peut être devrait on organiser ce recueil d’info autrement.
    En tout cas merci pour ce texte.


  • Merci pour ce récit plein de finesse, dépourvu de rancœur et nourri de souvenirs bruts.


  • Le coca dans la piscine c’est la version "soft" du pipi dans la piscine … texte plein d’humour !


  • Dès l’enfance nous avançons masqués soit qu’instinctivement on ressent une gêne à être soi-même soit qu’il nous soit demandé de masquer une vérité qui en soit n’est pas à travestir mais que les adultes veulent cacher pour une raison ou une autre et qui pèse comme un lourd secret angoissant car souvent incompréhensible sur de petites épaules d’enfant..
    Merci pour ce récit


  • Je me rappelle moi aussi ce moment en tant qu’élève ; je me souviens surtout du réflexe de certains qui cachaient de leur main mise en forme de coquille (comme lorsqu’on ne veut pas que le voisin "copie") les éléments de ladite fiche et qui la posaient, retournée, loin des regards curieux, sur le bord de leur table.
    Je suis professeur à présent, et je ne demande pas de fiche de renseignements : j’ai l’impression de voir mes élèves à travers un verre déformant. Parfois cela les décontenance beaucoup:je leur réponds que nous apprendrons à nous connaître d’une autre manière, d’autant plus que les informations les plus importantes circulent parmi les collègues Conseillers Principaux d’Education notamment, en toute discrétion. La lecture de votre récit m’incite à continuer ainsi. Merci.


  • Très beau texte, touchant...Loaec Capitaine dit plus haut que dès l’enfance il faut avancer masqué ; c’est si vrai !Et ça nous poursuit toute notre vie, il ne faut pas être trop ceci ou pas assez cela...Cette fiche de renseignements, en plus, ne servait à rien ( je dis "servait", rassurez-moi, elle n’existe plus ?), les écoles avaient déjà ces infos...


  • Constance Goata :

    Merci pour ce récit très émouvant. Vous livrez vos émotions "à l’état brut" et on ressent tellement bien l’inquiétude de cette petit fille face à un exercice que personne n’a pris le temps de lui expliquer alors pourtant qu’il constitue une menace...Cette fiche existe toujours. Je crois que les professeurs essaient de cette manière de mieux comprendre les élèves qu’ils ont en face d’eux. Il y a des choses qui sont plus faciles à écrire qu’à dire, comme le prouve le témoignage de Laurence et de son élève qui insiste sur le fait qu’elle ne connait pas son père mais il est toujours compliqué d’écrire sur le sujet de la profession de ses parents. Ma mère en avait une mais ne voulait pas qu’on en parle car mon père s’en moquait...J’avais l’impression de "l’affranchir" en ne respectant pas la consigne paternelle sur la fameuse fiche.


  • J’aime beaucoup votre texte, émouvant et bien écrit. merci !


  • Anne :

    Etes-vous la Nadia que je regarde assez souvent sur "28 minutes" ?
    Moi-même, je ne raffolais pas de cet exercice où nommer la profession des parents me mettait mal à l’aise.


  • vous avez gardé votre âme d’enfant. Bravo !


  • Cette fiche de renseignements existe encore. Il y a quelques années, pour la première fois depuis l’entrée de ma fille à l’école, j’ai écrit "sans profession". Et j’ai eu honte. Je maudis les fiches de renseignements.



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