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Publication : 3 avril 2014

Durée de lecture : 6 mn

Nombre de mots : 1260

L’auteur a travaillé dans la grande distribution et reste « choqué » par cette expérience déshumanisante. Pour faire écho au livre d’Annie Ernaux, "Regarde les lumières mon amour", voici un témoignage, en direct des rayons.

L’expérience que j’ai vécue dans ce monde de la grande distribution m’a marqué, choqué par cette violence ordinaire, par le silence qui tue, par cette abnégation de l’être, l’homme au service du capital qui retourne au capital, j’ai de mes yeux vu des rayons où deux personnes effectuaient le travail de quatre, je l’ai moi-même fait.

Le portrait de Richard Caillon dans La Croix :

Publication dans La Nouvelle Vie Ouvrière :


8 commentaires :

  • Formidable. Votre texte est passionnant de bout en bout. Et très bien écrit.
    Au dessus des "ça" et des "j’existe" le chef de secteur pourrait être le "je suis" !!
    Comme le dit Pauline Miel, il offre une analyse lucide sur le monde du travail de centaines de milliers d’employés de ces grandes surfaces. Un éclairage différent au texte d’Annie Ernaux dans "Regarde les lumières mon amour".


  • Un grand bravo pour ce très bon texte très bien écrit. Raconter un hypermarché de l’intérieur est une démarche très intéressante. Désormais je ne vais plus faire mes courses de la même façon. ! j’ai adoré les expressions "ça" et j’existe" c’est tellement explicite, bravo pour ces trouvailles et merci pour ce bon moment passé à vous lire.


  • Merci, je suis enchanté par vos commentaires, ils sont le signe que l’Homme peut encore s’élever contre la déshumanisation de notre société, j’ai l’espoir, non pas d’un grand soir (quoique) mais d’un changement de paradigme, d’une prise de conscience, un refus de ce fatalisme qui résume l’existence à son utilité ! Je reste persuadé que nos actes fondent nos devenirs, et qu’il dépend de chacun de changer pour que tout change.


  • Comme vous, je reste au fil des ans persuadée que nos actes fondent nos devenirs et tente de donner dans ma pratique quotidienne d’enseignante aux plus jeunes "futurs ça" les outils pour penser et se penser non pas comme des "ça" ni même comme des "j’existe au détriment des ça" mais comme des "je"à part entière.

    Le livre clef, parmi les livres que je propose en partage et support pour se construire à mes "je" et "futurs je" est, depuis des années "Mais je suis un ours" de Frank Tashlin : http://www.ecoledesloisirs.fr/php-edl/catalogues/fiche-livre-nvo.php?reference=422799.
    Une animation de cet album est visible (en anglais) ici : http://www.youtube.com/watch?v=cOg8F4jKEBk
    L’histoire se déroule dans une usine, mais peut aisément être transposée à toute situation aliénante, dans et hors monde du travail.
    Aux invectives des petits sous-chefs, moyens sous-chefs, grands-sous-chefs, chefs et autres sur-chefs, voulant à tout prix faire entrer l’ours dans la grande machine : "Vous êtes un imbécile, mal rasé qui porte un manteau de fourrure... Au travail !", l’ours n’a de cesse de répondre "Mais , je suis un ours !".....et comme vous, ne se perd pas lui-même.
    Il n’est pas un "ça", traverse son passage en usine avec la conviction d’être un "je suis" et ne s’y est pas perdu.
    Nous aussi "nous sommes des ours"
    Merci pour votre récit
    Monade


  • PS : Je découvre que l’album a été récemment mis en scène par Jean Le Scouarnec et le théâtre de l’Echange et que le spectacle tourne...http://www.theatredelechange.com/index.php/spectacles?spec_id=76


  • Bonjour et merci de votre message, en effet des ours, ce qui me choque plus que tout c’est que les Hommes sont dans une logique d’auto aliénation, ils se confient et se vendent à des puissants qui sont une infime minorité ! Dans l’entreprise que je ne cite pas ici, plus de 100 personnes étaient sous l’ emprise d une dizaines de petits chefs et autres supérieurs...le véritable pouvoir n’est il réellement confié qu’à une "élite" soumise ou doit il revenir aux forces actives ? Même si je comprends et que je reste conscient des difficultés de notre époque je ne conçoit pas de me soumettre à cette déshumanisation collective, le pire étant que les gens se croient libres ! Libre d’acheter de zapper, de critiquer mais jamais assez pour se révolter ! Pourtant n’est il pas l’heure d’une prise de conscience ? n’est ce pas le moment de dire STOP ! A l’inverse de germinal c’est vrai ici les ouvriers peuvent avoir des I phones des tv plasma des ordis, brefs s’enchaîner volontairement, spolier leur moi au profit du paraître, quel luxe ! Je recommande la lecture de Camus "l’homme révolté" qui souligne l’aspect profond que doit réformer en soi la révolte, celle qui est issue des esprits, celle qui ne tue pas mais engendre une vie, une autre ! nI Pod ni soumis !
    Bien à vous.
    ps Monade est ce pour le livre les monades urbaines ?


  • Bonjour,
    Non, je ne connais pas "les monades urbaines", mais jetant un oeil à la présentation du livre je vais aller voir plus avant.
    Monade en référence à celles Leibniz : " Il croyait qu’il y a partout des substances simples qu’il appelait monades ou unités, qui sont les vies, les âmes, les esprits qui peuvent dire moi, [Fontenelle, Leibnitz.]"
    Bien à vous.

    Monade


  • J’ai adoré votre texte ; je connais bien ce monde car j’ai été hôtesse de caisse pendant un an en parallèle de mes études. Une expérience traumatisante : du dédain des clients au sentiment de n’être qu’un maillon de la grande machine capitaliste en passant par le comportement odieux de la hiérarchie : il n’y a eu aucun point positif. Il y a un mois, j’ai démissionné : ma liberté n’a pas de prix et me nier pour un salaire misérable (qui ne vaut pas toutes les brimades subies) a été la meilleure décision que j’ai prise !



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