Le roman vrai de la société d'aujourd'hui.
Soyez-en les personnages et les auteurs.

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Maryse Esterle

Lire, écrire, un plaisir depuis toujours à partager avec vous.


Récit

Un poste en fac  

Enseignante-chercheure en sciences de l’éducation, Maryse rencontre un collègue dans le train. Elle lui raconte, 17 ans plus tard, comment il a obtenu son poste de maître de conférences à sa place.

Mais tout au long de ces années, en deçà de l’enthousiasme, de l’engagement, de l’endurance que réclame ce métier où rien ne commence ni ne finit jamais, un petit quelque chose m’a toujours freinée, une larme au coin de l’œil, la gorge qui se serre, un soupir, en souvenir des préférences de Monsieur Jérôme, du silence de ses comparses et du sourire que j’ai dû arborer.

Publication : 4 février 2014

Durée de lecture : 10 mn

Nombre de mots : 2180

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Ses derniers commentaires

  • C’est magistral, beau travail de décryptage. Xavier s’en sortira-t-il ? En partie grâce à vous, peut-être !

  • Formidables enfants, magnifique travail !

    Petits-déjeuners très différents les uns des autres, et le reste des journées aussi, des mots simples et bien choisis.

    Qui dit que l’école est en faillite ?
    Pas dans cette classe dans tous les cas !

  • Très beau texte, poignant et percutant. De la belle littérature.
    Au plaisir de vous lire bientôt !
    Maryse

  • Bonsoir,

    Et bravo pour ce texte qui décrit à merveille l’aliénation au travail et aux technologies, fils à la patte invisibles qui s’infiltrent dans nos vies privées. Rien ne commence ni ne finit jamais, tout est mêlé, comment s’en défendre ?
    Ce texte vaut une étude sociologique sur les ravages de la modernité. et il est de surcroit très bien écrit.

  • Bonjour,
    Je viens de passer quelques jours dans un hôpital et ce récit (j’hésite entre épouvantable et rocambolesque pour le qualifier) m’inspire quelques réflexions :

    Dans l’hôpital parisien où je me trouvais, dans les chambres à plusieurs lits, il y avait une télé par lit avec abonnement individuel et port obligatoire d’un casque (pas de son sans le casque). On n’est pas obligé de négocier les émissions à voir ou pas, de se taper le foot ou The Voice en plus de ce que l’on doit supporter à l’hostau !
    Mais de toute façon il n’y a pas que le conflit israélo-palestinien qui est évoqué sur les ondes (il prend une dimension exponentielle dans ce texte !).
    Et à l’instar des mères qui pourraient dire "il n’avait qu’à pas y aller" en parlant de leur fils explosé dans un attentat suicide, on pourrait dire à ces deux lascars qui se retrouvent en salle d’op’ une deuxième fois pour s’être éclaté leurs cicatrices : vous n’étiez pas obligés de disserter sur l’état du monde au lieu de vous occuper de vous et de vous entraider comme vous avez su le faire au début de votre séjour !
    Quelle idée de vous lancer dans des discussions de ce genre, C dans l’air ne vous suffit pas ? Ou Ce soir ou jamais, le vendredi...

    Et au fait, qui est le narrateur : Jean-Michel ou Abdel ?

    Mystère...

  • Bonjour,

    Je suis désolée, mais je ne comprends pas ce texte. Il me laisse une impression de malaise : la fin est effectivement très inquiétante. Le départ de la mère avec sa fille Lisa, en laissant la narratrice seule avec son père ultra-violent, appelle une suite, à moins de laisser le lecteur aux prises avec un sentiment de voyeurisme horrifié et impuissant face à cette séance de torture.
    C’est dans tous les cas ce que j’ai ressenti, impression très désagréable doublée de l’envie de demander le sens (ou l’intention) d’une pareille fin ?

    Cordialement,

    Maryse

  • Bonjour,

    Et merci pour votre texte, non seulement très éclairant, mais aussi très bien écrit, sur un ton alerte, tout sauf larmoyant, il n’en est que plus émouvant !

  • J’ai beaucoup aimé votre récit, surtout le début, la description de votre attente fiévreuse d’une retraite, occasion rêvée d’"ouvrir les yeux sur la beauté du monde" qui se révèle complètement barbante. C’est drôle et émouvant à la fois et vous évoquez très bien le vide des journées, "les promenades sans but" et ce fantasme de la liberté absolue qui débouche sur un ennui proprement mortel !
    Vous visez juste : la rupture des liens sociaux rend fou et le terme de retraite paraît bien inadéquat : il faudrait plutôt parler, pour les gens qu i n’ont pas été cassés par une vie de travail (ceux-là goûtent certainement le repos), de changement d’activité, dans tous les cas de période d’activités socialement utiles. J’ai beaucoup d’amis ou de relations qui vivent une retraite fort active, ça en fait des bataillons d’oymorons qui font marcher des associations ou font des choses proches de ce que vous décrivez ! Sans compter tout ceux-celles qui dans le cadre familial, s’occupent de leurs petits enfants ou de leurs parents très âgés par exemple.
    Merci pour ce texte, avec les salutations enthousiastes d’une oxymorone !

  • Bonjour Clotilde,

    Eh non, de mon point de vue, savoir et savoir être ne vont pas forcément de pair, sinon les plus érudits ou sortants de grandes écoles seraient des modèles d’éthique et d’honnêteté, ce qui n’est guère le cas... Par contre d’autres peuvent mettre en accord leurs actes et leurs paroles, heureusement, et on rencontre aussi des gens qui ont fait des études très courtes et ont une éthique remarquable !
    Il me semble que la question est plus celle de la régulation des choses, des recrutements en l’occurrence et de la place laissée à la domination des uns sur les autres. Aujourd’hui les commissions de recrutement comportent plus d’enseignants chercheurs extérieurs aux universités qui recrutent, ce qui peut modérer les effets que j’ai connus à la fin des années 1990. D’autres milieux professionnels sont d’ailleurs sans doute plus durs avec les femmes que le milieu universitaire, et les discriminations peuvent toucher les hommes, les jeunes, les minorités ethniques, tel ou tel aspect physique etc., à l’université comme ailleurs. Tout dépend de qui dirige les opérations et de quels garde-fous on se munit !

    Bien à vous,

    Maryse

  • Merci pour vos deux commentaires, Gavroche et Anne-Valérie.
    En effet le train est un entre-deux, et le hasard m’y a fait rencontrer Régis au cours de nos pérégrinations respectives de profs volants. Je n’aurais sans doute pas pu lui parler comme cela dans d’autres circonstances, et il ne m’aurait sans doute pas écoutée avec la même acuité. Nous étions un peu hors-temps en effet, le soir qui plus est, dans le silence de cette voiture à moitié vide.
    La dureté de ce que vous vivez n’a rien à voir avec mon expérience, Anne-Valérie et pourtant vous y avez trouvé des résonances, sans doute dans la recherche de dignité et la lutte pour que votre parole soit entendue. J’espère que ce sera le cas bientôt !

  • Bonsoir S.
    Votre texte est très éclairant et me renvoie à des bouts de ma propre expérience.
    Les querelles ovariennes, celle là on ne me l’a jamais faite, les rires par contre j’y ai eu droit...
    Vous décrivez de manière saisissante le conditions de travail des TZR et votre analyse des relations parmi les différentes catégories d’enseignants est très forte. J’ai participé aux formations des jeunes TZR dans le Nord et ils décrivaient tout cela, y compris les livres par niveau toujours prêts dans le coffre de leur voiture pour pouvoir s’adapter "au débotté" aux classes qu’on leur confiait d’une heure à l’autre, l’accueil délétère dans certaines écoles, l’impossibilité d’intégrer les équipes...
    Merci d’avoir mis des mots sur ces statuts peu connus et les conditions de travail rocambolesques de ceux qui les subissent.
    C’est absolument salutaire !

  • Merci pour vos réactions, Vos remarques et encouragements me touchent beaucoup.
    L’érudition et les qualifications ne protègent pas de pratiques de ce genre, Juliette et Alias, et on peut réfléchir sur un thème, voire l’enseigner et pratiquer soi-même ce que l’on dénonce par ailleurs !
    Du courage, Jean-Paul, merci de l’écrire, je ne peux pas le dire moi-même, mais je peux revendiquer de l’obstination, ça oui, j’ai continué à me dire ensuite que ce n’était pas possible (!), j’en ai vu des vertes et des pas mûres pendant ces 4 ans pour finir par y arriver (j’étais au bord de laisser tomber !).
    S. j’ai lu votre texte et en effet, vous avez aussi connu cela, avec les rires...
    Oui Catherine c’est exactement ça, l’abus de pouvoir "soft" en toute impunité... Un monde sans règles et sans limites.
    Pour réformer tout cela comme vous l’évoquez, Mathilde, il faudrait imaginer une déontologie singulièrement absente de ces procédures de recrutements, des formes de contrôle, une transparence des débats et des moyens de recours pour les candidats... Ce n’est pas gagné !!
    Merci Sabine pour votre appréciation, j’ai essayé d’être juste en effet et de faire parler le silence, de mettre des mots sur l’injustice ressentie.

    Je suis heureuse de l’écho que rencontre ce texte, c’est sans doute un grand mérite de Raconter la vie, celui de mettre à jour des choses invisibles et indicibles jusque là.