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Le goût des autres

par Corinne Grenouillet , 6 janvier 2015 - Permalien : http://rlv.cc/a245

Corinne Grenouillet est enseignante-chercheuse à la Faculté des Lettres de l’Université de Strasbourg.


Depuis quelques mois, je suis une lectrice clandestine : non inscrite dans la « communauté » des membres du site et pourtant observatrice attentive de Raconter la vie. Lire les récits publiés en décembre suppose une mise en réseau : c’est se souvenir des autres récits publiés, reconnaître des auteurs, et bien sûr prendre en compte les « commentaires » laissés par les membres de la communauté. Ces commentaires sont en effet les seuils qui donnent sens aux récits dans lesquels je vais entrer, comme autant de petites préfaces. Tous ces récits en prose, écrits à la première personne, tiennent dans un espace de mots compris entre 970 et 6960 mots. Téléchargeables sur liseuse ou ordinateur, ils peuvent être lus en moins de 34 minutes pour le plus long, en 4 minutes pour le plus court. Ce cadre est celui que propose le genre de discours inventé par Raconter la vie, selon l’expression de Mikhaïl Bakhtine : tous les textes publiés en décembre y entrent naturellement, s’y plient, même si l’un d’entre eux (La Voiture en flammes) tentent d’y échapper comme une flammèche

Trois questions me sollicitent : pourquoi écrire de tels textes ? Qui sont ceux qui écrivent et quel est le statut de leurs textes ? Et quand on est lecteur, finalement, pourquoi lire ces récits ? Pourquoi lire Le Couteau suisse ou Immobiliare plutôt que les nouveaux « statuts » Facebook de mes « amis » – un genre de discours lui aussi produit par notre modernité technologique, et générant également une pratique de lecture sur écran ?

À la première de ces questions répond Bab, une éducatrice spécialisée « auprès d’enfants porteurs de handicaps » – notons au passage que ces enfants n’en sont pas « affligés ». Entrée dans « l’ère du grand management » qui ne connaît plus que l’évaluation chiffrée et quantifiable et impose des formalisations nocives, elle éprouve le besoin de faire de l’évaluation et de la « standardisation des pratiques », le thème d’un mémoire de recherche. Elle se confronte alors à l’écriture comme mise à distance de son expérience professionnelle ; après avoir entendu parler de Raconter la vie sur France Inter lors de son lancement en janvier 2014 – il y a juste un an –, Bab décide de « rejoindre la communauté des raconteurs de vies ordinaires », parce qu’ils « portent en eux la réalité sociale ». Pour individuelle que soit l’expérience sur laquelle elle est fondée, l’analyse de Bab a une portée collective, et témoigne d’une résistance roborative à l’imposition des normes néolibérales (économicisation généralisée, chiffrage) dans le domaine du social et de l’éducation.

D’autres écrivent pour chercher une issue à une situation douloureuse : amour trahi chez Raphaëlle B., dont le texte se termine sur ces mots : « Il me demande d’oublier. Il me manipule encore. » (Cet homme a menti) ; passion fulgurante et source d’intense souffrance chez Emma Thilde. L’homme dont elle s’est éprise, marié, ne sera en effet jamais « à elle » (Dans la peau). L’écriture, clairement, vise à accompagner et accélérer le processus de deuil que la narratrice a engagé en allant voir une psychologue. Le texte que nous lisons participe à la mise en demeure que l’auteur s’intime à elle-même : « Je dois me défaire de cette addiction. » Quant à Soisick Coulombel, elle combine, dans La Nuit où tout a basculé, l’évocation des deux expériences intenses qui ont forgé sa vie présente : elle est tombée amoureuse et a perdu un fils. Écrire a provoqué, chez l’un de ces auteurs une « catharsis » – formulée dans un commentaire –, et l’on peut supposer que ces récits susciteront l’empathie et la compréhension, voire le soutien des lecteurs qui s’expriment déjà dans les commentaires chaleureux des « membres de la communauté ».

Pour Rouchouse, il ne s’agit pas de scénariser sa propre vie, selon l’injonction sociétale diffuse d’un storytelling égocentrique – dont Christian Salmon s’est fait le critique virulent. Dans un beau récit de filiation, l’auteur fait revivre la figure de son père, le « père Rouchouse », possesseur d’un atelier de fabrication d’accessoires « pour recharger les cartouches de fusil de chasse » (15, rue des Armuriers). C’est le bruit des machines qui vibrent dans ce récit, celui de la chambreuse qui « permet d’usiner les chambres des canons », c’est-à-dire « le logement de la cartouche » ; vibration qui se transmet à la rue, « rythmée par les trépidations des machines, les chocs des marteaux, dès le matin. » Au-delà de la trajectoire professionnelle d’un père, c’est en effet toute une rue stéphanoise qui renaît sous la plume de l’auteur, « fréquentés par les ouvriers de Manufrance », les livreurs, les commerçants, une rue bordée d’armureries, d’ateliers de trempe, ou de fabrication de cycles. Au bout du compte, le père est intégré à un collectif plus vaste, celui des « cyclards », des mineurs ou des passementiers « qui ont forgé l’âme de Saint-Étienne. » Le projet, très clairement, s’inscrit dans une volonté de donner forme à la mémoire industrielle de la ville.

Qui sont ces auteurs et quel est le statut de ces textes ? Nombreux sont ceux, ou plutôt celles, qui écrivent sous couvert d’un pseudonyme ou d’un diminutif (Titine, Bab, Fanny J. ; en décembre 2014). Un patronyme donnerait pourtant plus de poids de réalité à leurs témoignages, en les attestant : il me semble contradictoire de vouloir dépeindre la vie réelle et ne pas dire qui l’on est. La pseudonymie (ou quasi-pseudonymie) ne peut guère s’expliquer par la crainte de représailles, professionnelles par exemple, les récits en question n’étant pas de nature à les susciter. Fanny J., par exemple, évoque son travail dans une résidence sociale Adoma (autrefois dénommé « Sonacotra »), où des loyers peu élevés (430 € à Paris) permettent de loger ceux qui dorment dans leur voiture, sur le palier d’un immeuble ou la gare… alors qu’ils ont « presque tous un travail » ; ce qui « ne suffit plus pour trouver un toit » (Je sais écouter). La jeune femme rend compte au contraire d’un bel engagement au service de l’autre : pourquoi ne pas livrer son patronyme ? J’ai une intuition, qui serait à confirmer : ne pas dire qui l’on est quand on écrit traduit un souci de discrétion typiquement féminin, au sens « genré » du terme bien sûr : l’auteur(e) s’efface derrière son texte…

Lorsque Pierre Rosanvallon affirmait vouloir donner la parole aux « invisibles », songeait-il que ceux qui allaient prendre la plume seraient pour l’essentiel des hommes – et surtout des femmes – déjà familiers de l’écriture et pour certains d’entre eux, des « écrivants » très aguerris ? Verbaliser un vécu, sinon écrire, est une composante essentielle de certaines professions. Les travailleurs sociaux, Bab le rappelle, sont tenus de s’adonner à « l’indispensable analyse des pratiques », car elle « permet une respiration en nous faisant travailler ce qui nous traverse et nous met à mal au quotidien » (Aux enfants sans paroles). Les enseignants ont eu une formation universitaire, qui les a familiarisés avec la pratique de l’écrit. Pierre Clausse, auteur de cinq récits publiés sur le site (aucun en décembre), et de Chute de Pierre, fin d’un prof publié aux éditions Baudelaire en 2010, annonce ainsi qu’il a « beaucoup à raconter ». Ce mois-ci, c’est Louis Gulli qui témoigne dans Faire cours. Ces « invisibles » issus des professions intermédiaires ont saisi l’opportunité de se donner une visibilité – et on ne peut que s’en féliciter –, mais je ne peux m’empêcher de songer que les véritables « invisibles » de notre société, les ouvriers ou les habitants relégués de nos banlieues, ne sont guère représentés. Et pour cause : ils ne disposent pas tous des moyens culturels et intellectuels qui sont ceux des enseignants et des éducateurs et n’écoutent pas (tous) France Inter comme Bab… Le récit de Pasqualina Negri vient pourtant infirmer ce sentiment. Dans Je viens d’une petite île, cette salariée d’un traiteur italien témoigne de sa venue à Paris, où elle vit dans une résidence Adoma avec son jeune fils – peut-être y a-t-elle d’ailleurs rencontrée Fanny J. ? Pasqualina représente certainement une des catégories souffrant d’« invisibilité » dans notre société : les travailleurs pauvres et immigrés.

À quel type de textes a-t-on affaire ? Le cadre institué par Raconter la vie et les textes proposés au fil des mois ont contribué à instaurer un certain horizon d’attente. Ce dernier est fondé sur un pacte testimonial ou autobiographique implicite, à la faveur duquel le lecteur s’attend à ce qu’un auteur prenne la parole pour évoquer une expérience de vie qui a été effectivement sienne, parole qu’en l’absence de toute autre indication, il tiendra pour vérifiable, authentique, attestée… La plupart des auteurs se conforment à ce cahier des charges implicite : « Il n’y a là que du vécu. Je me suis contenté de partager mon expérience, qui n’est que le début d’une aventure qui se poursuit encore aujourd’hui » affirme dans un commentaire T. Baudin, auteur de J’étais directeur général. Rien n’empêche, théoriquement, qu’un auteur raconte une vie totalement inventée, fictive ; mais je ne sais pourquoi cette possibilité – pourtant légitime – suscite chez moi un léger trouble, comme si Raconter la vie n’était pas le lieu pour le faire. Mika Goldhand fait partie de ces contributeurs qui vouent une véritable passion à l’écriture. Auteur de deux romans – le premier en auto-édition, le second en cours –, il publie en décembre son troisième texte sur le site, Le Couteau suisse, dans lequel il file la métaphore du couteau à multiples lames pour rendre compte des facettes du métier qu’il aime : la banque. Les commentaires des autres membres et les réponses qui y sont apportées nous apprennent que Mika Goldhand travaille dans une agence bancaire comme son « narrateur ». Je découvre, du même auteur, Le travail est mon seul lien social (26 novembre 2014)… et apprends alors, dans un commentaire, que contrairement au narrateur de ce dernier récit, il n’a pas tout sacrifié à sa réussite professionnelle, ne vit pas dans une absolue solitude, et qu’il a même un fils, prénommé Pierre. Un interlocuteur le traite alors de « cachottier », et moi-même me sens dupée, comme quelqu’un qui aurait signé un contrat sans avoir lu une clause figurant en tous petits caractères à la fin. J’ai adopté une lecture autobiographique de son récit de novembre, et ne peux qu’admettre – penaude – que l’expérience du narrateur n’est pas exactement celle de l’auteur. Des récits d’expériences majoritairement autobiographiques nous attendent donc sur Raconter la vie, mais certains s’écartent de ce modèle et du contrat que de tels textes proposent au lecteur.

Pourquoi lit-on ces textes ? Le lecteur s’amuse à retrouver des expériences de vie « ordinaires », souvent racontées avec élégance : chercher et acheter une maison de 150 m² à Strasbourg « planté d’un mirabellier » (Titine, Immobiliare), tomber amoureux et « se gaver de sms » (Emma Thilde, Dans la peau), faire cours et se sentir comme un toréador « dans une arène » – je suppose que les enseignants du secondaire sont nombreux à fréquenter le site (Louis Gulli, Faire cours). Comme dans un roman, il découvre des personnages hauts en couleur, tel Stanislas, l’associé de T. Baudin, un inventeur « du peuple des Edison, des Dunlop, des Dyson par le regard perpétuellement étonné qu’il portait sur les choses ; par sa foi en la réalisation des possibles ; par sa paranoïa à protéger ses découvertes, sa continuelle volonté à vouloir les breveter ; et par l’inébranlable conviction qu’un jour se concrétiserait sa vision » (J’étais Directeur Général). Ce sont d’autres que soi que nous rencontrons. Un prêtre catholique déroule, au soir de sa vie, une carrière « professionnelle » tributaire des ordres parfois incompréhensibles d’une hiérarchie (Joseph Jacomy, L’Appel – il s’agit de l’appel de Dieu). Un traducteur, dont l’essentiel du travail se réalise aujourd’hui sur ordinateur, au moyen de nouvelles technologies sophistiquées, rappelle qu’une bonne traduction ne peut s’écrire sans culture, à laquelle ni Wikipédia ni Google ne peuvent suppléer (Olivier Manesse, De ceux qui traitent de l’écrit).

Certains textes sont comme des trains qui emportent et s’arrêtent soudain en pleine voie : on voudrait qu’ils continuent, concluent. Des témoignages intéressent paradoxalement pour ce qu’ils ne disent pas explicitement, n’analysent pas, l’expérience terrifiante du deuil d’un enfant ou l’inexorable disparition des prêtres catholiques du territoire français. La dimension politique est singulièrement absente des récits publiés, contrairement aux vœux émis dans le manifeste du Parlement des invisibles. Seul le lecteur peut mener – s’il le souhaite – une analyse politique de ces récits. La nouvelle donne économique de l’ultra-libéralisme qui précarise le travail et instaure une concurrence généralisée entre les travailleurs est implicite dans le récit d’Olivier Manesse. Dans le mot d’ordre des traducteurs de la nouvelle génération, « tout prendre pour avoir du boulot, n’importe comment, à n’importe quel prix » (De ceux qui traitent de l’écrit), résonne pourtant une injonction bien familière aujourd’hui… et qui sert des intérêts qui ne sont pas ceux des travailleurs, qu’ils soient ou non des « intellectuels précaires » (selon la formule d’Anne et Marine Rambach).

À l’inverse de ces trains arrêtés en rase campagne, La Voiture en flammes de Dominique Fajnzang est un récit totalement abouti et le plaisir pris à le lire dépasse largement le sentiment de « piété » éprouvé spontanément face au récit de n’importe quelle expérience vécue (et analysé par Renaud Dulong dans Le Témoin oculaire, 1998). L’objet est bien circonscrit : un accident de la route, présenté successivement du point de vue d’une narratrice, la mère, d’un automobiliste témoin, du jeune homme victime indemne, du paysan propriétaire du champ l’accident où il a eu lieu, du père… et même du chien ! Je songe à l’accident mortel que Maylis de Kerangal raconte au début de Réparer les vivants. Le récit s’achève sur l’image d’une Vierge, « vieillotte statuette de plâtre fabriquée en série et vendue sur des marchés de bondieuseries », que la narratrice a barbouillée de noir, et qui a peut-être tenu un rôle dans la survenue de l’accident. Le lecteur peut en voir la photo sur la page de l’auteur, artiste plasticienne dont je découvre émerveillée les fusains et les installations. Dominique Fajnzang a publié un autre texte, remarquable, consacré à la création ; on y comprend, de l’intérieur, le travail d’une artiste, comment émergent peu à peu sous sa main des dessins, puis une installation consacrée à la guerre 14-18. La guerre est d’abord un « roc dur et noir sur lequel [elle] bute, sur lequel [sa] conscience se pétrifie »… puis, de cette « pensée pétrifiée » surgit une œuvre d’art (Dans le silence de mon atelier).

Si certains auteurs écrivent pour voir clair en eux et attendent peut-être une aide des membres de la communauté, je suis frappée aussi par le goût des autres qui anime la plupart d’entre eux. La volonté de partager une expérience s’élargit au désir de parler de la vie de ceux qu’on connaît, d’une vie qui est traversée par les autres, à laquelle seule la présence d’autrui donne sens. Je vais continuer à lire les récits publiés pour cette même raison : le goût des autres. Et bien sûr pour éprouver des émotions, de l’empathie avec ce qui est raconté, pour faire une expérience de lecture ou tout simplement pour le plaisir de lire un récit bien troussé. Surtout peut-être pour découvrir et comprendre mieux le monde réel en le voyant mis en mots.

  • Merci pour cette analyse fine et compétente des récits de Raconter la vie, des motivations qui les inspirent, de ceux qui écrivent et de ceux qui lisent. Le goût des autres... sans aucun doute, et de leur vie, comme lorsqu’on regarde la nuit, les fenêtres éclairées, et qu’un étrange plaisir nous saisit quand des silhouettes s’y profilent comme dans un théâtre d’ombres. Ces lectures de récits me font penser aussi aux veillées anciennes où chacun racontait une histoire. Et aujourd’hui encore, ne se salue t’on pas en questionnant "Alors, qu’est ce que tu racontes ?" Je me suis souvent demandée ce qui resterait du monde si on ne racontait plus...


  • Quelle belle analyse des récits ! Merci ! Vous avez raison "le goût des autres" est partagé par les auteurs et les lecteurs. Pour moi cette collection est une "vie mode d’emploi" à l’échelle de la société française. De nombreux auteurs sont certes habitués à écrire mais pas tous, on sent que certains ont du mal à se lancer, ils ont peur de cet exercice "littéraire" mais sont rassurés par la forme : des récits sur le web.Dans leurs commentaires on sent la joie d’avoir donné un poids, une réalité, une singularité à leur vie en la racontant.


  • Je me joins sans hésiter aux deux premiers commentateurs ! Tout ça est très chouette. Quelques remarques : le cadre (entre 4 et 34 min de lecture) est sécurisant comme tous les cadres, mais génère aussi une auto-censure, alors même qu’il n’est pas toujours respecté (le tri par longueur des publications donne entre 1 et 44 min) tandis que certains ont l’impression d’une censure véritable ; les mots, les phrases supprimés par notre web-éditrice ne sont pas toujours anodins et inutiles, d’où peut-être votre remarque de l’absence de dimension politique, et aussi de textes paraissant fort inachevés. J’envisage de proposer là-dessus un texte "raconter raconterlavie" qui serait un début de mise en abyme(? prof de maths je suis en fait assez ignare de l’écrit littéraire), et n’ai pas été publié en décembre alors que j’avais 4 textes en attente. Je suis trop bavard, provocateur en plus, mais à ces titres voudrais continuer à m’inscrire dans ce si beau projet de la façon que vous exprimez si bien.


  • Je me joins aux commentaires précédents : je trouve votre analyse extrêmement fine et pertinente. Merci !


  • J’ai vous ai lu avec beaucoup d’intérêt .
    J’ai envie d’ apporter qq compléments en tant que lectrice et "commentatrice" :
    Pourquoi choisir de rester anonyme ( ce qui est mon cas) : je fais un métier , on va dire public, et je ne souhaite influencer personne quand je commente. C’est pour moi une condition nécessaire à la la liberté de m’exprimer.
    Le format n’est pas vraiment contraignant et les écritures sont variées dans leurs formes. Les commentaires sont plus ou moins riches , ou plus ou moins nombreux quand le récit sonne juste. C’est à dire quand l’expérience est communiquée avec authenticité, entre émotion palpable et humour distancié
    Je suis assez frappée par la diversité des récits.
    Il est très difficile de faire écrire "sur commande" des écrits sur le travail, et sur ce site, on trouve des récits de métiers , d’univers professionnels très différents agréables à lire, à partager , avec simplicité .

    J’apprécie beaucoup ce " goût des autres" où chacun peut prendre une place , et où les récits, les expériences des uns et des autres peuvent se relier.


  • Bab :

    Merci pour ce commentaire des récits. "Que resterait-il du monde sans le récit ?" C’est aussi de cela que j’ai voulu témoigner : la perte du récit à travers ces formulaires standardisés qui ne nous disent rien de la réalité.Le titre initial de mon récit était : "la vie en procédure" pauline Miel m’a proposé " aux enfants sans paroles" et je l’ai adopté car ce site donne la parole et si on n’y prend garde, après la perte du récit nous deviendrons nous-même des "sans paroles".
    Beaucoup de ces récits nous montre où va le monde et vers quelles forme de pensée on nous entraine ( souvent binaire) en cela j’ose croire que nos récits sont de petits actes politiques.
    Sur l’anonymat je suis assez d’accord avec vous il y a là une forme de discrétion (féminine ? je ne sais pas...) et quelque soit notre milieu, notre niveau d’étude, je ne trouve pas que l’écriture soit une évidence et offrir à lire ses écrits encore moins ! d’autre part je ne souhaite pas que les enfants puissent être reconnus même si je suis persuadée que les familles ne m’en tiendraient pas rigueur. Quant à mes supérieurs ils savent de quel bois je me chauffe...
    A bientôt
    Bab et aujourd’hui...Charlie


  • Bonjour .
    Merci pour cette analyse, sans doute une des plus fines que nous ayons pu lire.
    Je trouve vos quatre questions (pourquoi ces gens écrivent ? Qui sont -ils ? quel est le statut de ces écrits ? pourquoi lit-on ces textes) très intéressantes. Vos réponses aussi, bien que la question du "statut" de ces textes mériterait d’être creusée.
    Vous soulevez trois problèmes :
    1° récit de vie réelle ou avec une pointe de fiction ? je ne pense pas qu’on puisse écrire sans introduire un minimum de fiction car l’écriture oblige à un regard extérieur et à une mise en forme
    2° Peu de thèmes politiques : Ca mériterait une lecture transversale dédiée à ce thème J’ai le sentiment - très intuitif - que, au contraire, une vraie critique de la société s’exprime Cette expression ne prend pas la forme de revendication politique, en quoi elle traduit bien la difficulté qu’ont les partis de porter le malaise ressenti.
    3°la faible proportion des "vrais" invisibles. On touche là à l’essentiel. Evidemment, ceux qui écrivent ( il semblerait que ce soit majoritairement des femmes, semblez-vous dire) sont des gens qui savent écrire, du moins un minimum ( ce qui représente beaucoup de monde dans un pays de 80% de bacheliers).Comment donner la parole à ceux qui ne savent pas la saisir et qui sont dans les marges de la société ? Et qui parfois surgissent en parlant avec leur langage, celui de la violence ?


  • Qui écrit ?

    Autrement dit "qu’est-ce que je fous là ?"
    J’écris ici parce que j’ai envie d’écrire. La proposition de Rosanvallon est comme une contrainte à laquelle je réponds pour le plaisir d’écrire plus que par la nécessité de Raconter la vie. Je ne me compte pas parmi les Invisibles, tout au moins, l’invisibilité ne m’est pas préjudiciable. Je suis prof des écoles, 56 ans, sans diplôme universitaire, une familiarité avec l’écriture car j’en ai le goût et la pratique. Lorsque j’écris ici, je raconte la vie des autres, de ceux qui n’écrivent pas ici : mon grand-père, ma cousine, un ami. Je raconte un évènement extraordinaire de leurs vies ordinaires, un moment où le destin bascule, et ses conséquences. Oui, j’ai le sentiment de participer au détournement du projet initial, de profiter de cet espace pour satisfaire mon plaisir d’écrire et mon besoin d’être lue.

    Beaucoup de gens écrivent. Certains qu’on appelle des marginaux, et qui auraient "le profil" Parlement des invisibles, écrivent des textes rageurs, politiques ou poétiques dans ces éditions qu’on appelle les lyber, ex https://constellations.boum.org
    Ils écrivent donc. Le net permet à toute personne, tout groupe, d’échanger et d’exprimer ce qu’il a à dire, et depuis l’invention du net on ne s’en prive pas. Visiblement, ici, la proportion d’invisibles selon le texte fondateur est assez faible, mais ça ne signifie pas que les textes n’existent pas, ailleurs dans la toile.


  • Le texte que je viens de mettre en ligne est un peu sec, je vous prie de m’en excuser. A l’origine il comptait 3000 signes au lieu des 1500 accordés au commentaire.



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