Le roman vrai de la société d'aujourd'hui.
Soyez-en les personnages et les auteurs.

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Pierre Clausse

Prof de maths. Jeune retraité de 62 ans qui a beaucoup à raconter, pas que sur l’éducation.


Récits

Au Lycée  

D’une santé très fragile, Jean-Pierre, professeur de mathématiques, trouve enfin la stabilité dans un nouveau lycée. Jusqu’au jour où surgit le nouvel adjoint au proviseur.

Je suis brusquement devenu mauvais malgré trente ans de bons, loyaux et reconnus services.

Publication : 12 mars 2014

Durée de lecture : 24 mn

Nombre de mots : 4860

Huguette  

Le portrait d’une professeur discrète de la ville de Paris.

Huguette, une vieille fille parisienne, vivait seule avec son chat. Elle était professeur de la ville de Paris – un statut assez bâtard à l’époque de ses débuts, il y a plusieurs dizaines d’années.

Publication : 6 mai 2014

Durée de lecture : 5 mn

Nombre de mots : 1170

Discrets symptômes  

Simone est atteinte de la maladie d’Alzheimer – ce qui précipite le délitement et la fin d’un couple.

Simone, petit à petit, mettait tout en désordre, se négligeait, ne cuisinait plus ou quelque chose d’immangeable. Il lui fallut donc tout prendre en charge, en plus de Simone elle-même.

Publication : 20 mai 2014

Durée de lecture : 4 mn

Nombre de mots : 990

Le religieux  

Appel de Dieu, appel des autres : un dilemme.

Je n’avais jamais fréquenté d’autre femme qu’Adeline, jamais même pour un simple flirt adolescent, et le père Bernard ne connut jamais personne « bibliquement ».

Publication : 19 septembre 2014

Durée de lecture : 6 mn

Nombre de mots : 1300

Deux frères  

Le portrait d’un frère, diabétique et caractériel.

Il a deux ans de plus que moi, et nous sommes tous deux vieux maintenant.

Publication : 16 juillet 2014

Durée de lecture : 10 mn

Nombre de mots : 2080

Mai 68 et après  

Vivre mai 68 dans les Ardennes.

Bientôt, de toute façon, tout le pays s’arrêta.

Publication : 13 janvier 2015

Durée de lecture : 44 mn

Nombre de mots : 8840

Infarctus  

En découdre avec la mort brutale et massive des cellules.

Le propriétaire de ce cœur me semblait bien mal parti, lorsque je me rendis compte que c’était sûrement moi.

Publication : 21 janvier 2015

Durée de lecture : 14 mn

Nombre de mots : 2810

En classe  

Les élèves d’un professeur de maths.

La vie au lycée se compte en unités-années indivisibles entre lesquelles les changements sont considérables, toute une génération de presqu’un tiers de l’effectif part et une autre arrive.

Publication : 24 février 2015

Durée de lecture : 4 mn

Nombre de mots : 990

Bibliothèque

 

Ses derniers commentaires

  • Fantastique !!! un récit qui prouve que les cyclistes pensent, des réflexions qu’en tant qu’amateur je me suis faites, mais moins bien ! à part l’existence de Dieu... pourquoi un être parfait jouerait-il ce jeu cruel ?
    Bravo !!!

  • Oh oui c’est magnifique. Vous parvenez à exprimer une tendre et poétique nostalgie tout en sachant et faisant savoir les sombres, inacceptables pour une autre, versants de cette histoire. J’aurais eu tendance à porter le fer directement là où ça fait mal, en quoi je suis un mal mâle écrivant.. Il faut de délicates nuances dans un tableau, pas des à-plat de couleurs criardes . Bravo vraiment.

  • Oui un texte poignant qui nous rappelle que l’humanité est une et présente en chacun de nous, avec toutes ses faces y compris celles qu’on ne veut pas voir. Merci.

  • Intéressant bien sûr, une facette de l’humanité qu’on connaît généralement peu, et comme cela pourrait être dans bien des récits, c’est la dernière phrase la meilleure qui résume tout.

  • Encore : les points que vous avez abordés, attitude des parents et des profs, sont patents, mais c’est l’administration qui a tout pouvoir. Je parle d’église en raison de dogmes absurdes, clergé pléthorique et fortement hiérarchisé, inquisition méticuleuse dans les temples sans spiritualité que furent les IUFM, culture du chiffre et déni de la réalité qui fait penser au stalinisme. Exemple, l’interdiction de tout redoublement : il fallut compenser financièrement la promotion au rang de prof des vieux instits. Argument : pas de redoublement car il apparaît que les doublants sont ensuite moins bons que les autres (sic). Conséquence : des gosses ne savent plus lire écrire, compter. D’année en année le problème s’accroît, avec l’hétérogénéité des classes puisque ceux qui ont des bases avancent beaucoup plus vite que les autres. Impossible de s’occuper de 35 élèves si différents au lycée. Celui qui dit non est un élitiste qui veut éliminer injustement ceux qui ne réussissent pas à cause de leur origine sociale et qui ont pourtant les mêmes droits et capacités que tous en vertu de l’égalitarisme établi. Alors on met toujours plus de moyens pour les uns et on casse les filières élitistes. Que faire ? évacuer le problème par le haut me dit un proviseur : ils auront statistiquement son bac, et tant pis si on a des cons ignorants à bac +5 .

  • Bonsoir cher Viktoriro, dont j’aime l’esprit vif et acéré, et merci chère Clotilde,
    La question posée nécessite de longues réflexions et réponse. Subjectivement j’ai tendance à promouvoir les maths, par leur omniprésence dans les domaines de la pensée, et leur pertinence en tant que critère de sélection, horrible mot imprononçable et pourtant nécessaire. Par exemple j’estime avoir survécu à mes parents plus d’un demi-siècle avec les mêmes pathologies en grande partie parce que les médecins sont sélectionnés sur les sciences et non plus le latin et grec ancien. En matière d’orientation des élèves il y a à la fois des modes idéologiques, des attitudes proprement religieuses, et des considérations pratiques en terme de profs disponibles, pas de vrai intérêt pour l’individu premier concerné, et pas de médiation. Le discours égalitariste et lénifiant est contredit par les faits, on a assassiné les maths après avoir fourré tout le monde (en fourrant tout le monde ?) dans les filières scientifiques, après quoi on les voue aux gémonies comme socialement clivantes. Enfin les maths sont difficiles, ne tolèrent pas l’enfumage, seulement des efforts, peu attractifs aujourd’hui. J’ai réagi trop tard à la demande de Jérémie, mais on ne change pas facilement tout de suite dans l’effervescence de la rentrée. Il faudrait une plus longue et argumentée réponse ! je pense aussi à la chanson de Graeme Allwright "qui a tué davy More ?"

  • Par bien des côtés vous m’avez touché et beaucoup de vos réflexions furent les miennes, y compris en matière d’irréligion et de relie-gion. Reconnaissons aussi que nous avons la meilleure médecine du monde, en voyant toujours le côté humain, vivant, "imparfait", mais qu’est-ce que la perfection ? Lodéon eut un côté cuivre pompier qui me déplût un temps. Salut et fraternité !

  • salut à tous les pierreux !

  • Bravo pour ce beau mémoire, dont je suis proche à maints égards. Moi aussi je me suis mis à écrire pour comprendre, me soulager aussi. On pourrait commenter à l’infini, un point peut-être de réflexion : "j’ai la conviction chevillée au corps que tous peuvent y arriver..."(ou "j’avais" ?). On y croit, puis à la fin non, d’où insupportable conflit avec notre mission impossible. Comment pourrait-on faire les choses à moitié ? En plus transparaît de temps à autre une petite mafia inutile à notre tâche mais dotée de pouvoir, qui décide sans vraie légitimité ni intelligence, mais très nocive.

  • Bonjour cher... père ?frère ?Joseph ?ami des hommes ?
    Je vous reconnais bien, très vrai et émouvant. La vieillesse nous fait petit à petit rétrécir, le corps sans doute, l’âme ? non !, les relations sociales, peut-être, mais bien sûr c’est le seul moyen qu’on ait trouvé pour vivre longtemps. Mes vœux les plus chaleureux pour votre (fausse) retraite !

  • Bonjour Clotilde,
    Vraiment ravi de vous lire(enfin) ! vous me faites découvrir un monde inconnu, en raison de mon âge et de mon éloignement des grandes cités . On en connait bien quelques aspects extérieurs, mais vous nous en montrez l’intérieur, et aussi des relations qui’l faut bien appeler humaines, qui elles sont peut-être éternelles dans divers cadres.
    Merci et bravo

  • Bien étrange récit qui ne manquera pas de toucher les âmes sensibles. Vous souffrez, d’amour bien sûr, y a-t-il d’autres chagrins ? Des points me frappent : vous ne demandez aucun retour de ceux que vous aidez, que vous aimez. Est-ce possible ? Françoise Dolto dit un jour :"je ne sais pas ce qu’est l’altruisme", une phrase de psy qui m’a aussi beaucoup interpellé "Il est terriblement exigeant celui qui ne demande rien." J’en ai parlé avec ma sœur, malade, qui m’a répondu "merde !", vous avez le droit aussi. L’amour est échange, non ? pas seulement manque heureusement. Toute ma sympathie.

  • PS : Au départ je voulais surtout adresser merci à Clotilde au prénom très particulièrement cher à mon cœur, mais le logiciel refuse un mot unique, et après je me lance m’égare et oublie...

  • Vous RACONTEZLAVIE, en ce qu’elle a de plus intense, de plus essentiel, incomparable au reste de la vie. Bravo et merci. En même temps votre récit est un rêve, la vie est-elle un rêve, tout autant que votre récit est la vie ?

  • Grand Merci à Titine et à Viktoriro. A ce dernier je voudrais dire que je voue vraiment une reconnaissance infinie à la médecine qui me permet de survivre plus d’un demi-siècle à mes parents, avec les mêmes pathologies. Dans la pratique, comme en cuisine et comme partout, l’humain, son habileté, sa souplesse réactive et son pragmatisme en plus de la Science en font toute la valeur, même si parfois les apparences rebutent le sens commun. Désolé donc si mes remarques ont paru désobligeantes, je suis payé pour savoir qu’en France on est le mieux soigné du monde.
    A Titine : je veux raconter l’amour et la haine, le sexe et la politique, l’oppression et la révolte, la douleur et la joie, la Vie, avec "vérité"profonde, en tout cas la mienne, avec mon caractère provocateur et iconoclaste, hélas sans don littéraire, don divin refusé aux athées et à la plupart des autres.L’art ferait passer beaucoup de choses, mais un simple témoin, très brut même s’il réfléchit, peut rencontrer des difficultés à être édité, fût-ce dans un cadre qui paraissait tout à fait approprié. D’où quelques échanges avec Maâme Pauline, à qui je reprochais de vouloir des textes trop lisses, en écartant des termes et phrases "inappropriées" comme on dit laidement aujourd’hui. Mais ça va mieux et je persiste !
    MERCI encore !

  • C’est bien difficile de commenter ! je crois vous comprendre, comme tous ceux qui ont aimé un jour sans retour. Pour ma part j’ai mis des années à comprendre que le désir, le manque sont affaire personnelle, et que l’amour ne peut être qu’échange équilibré, ou pas trop déséquilibré, construit dans la durée de la vie commune. Mais il n’y a pas de vérité bien sûr, ce serait trop simple et bête, et tant mieux que ce soit à chacun son ressenti et sa vérité du moment.
    Avec ma sympathie très amicale.

  • Tout à fait votre texte de présentation personnelle. Il est vrai que faute d’acquérir cette exquise et supérieure légèreté de l’être on risque de s’engager dans des labyrinthes dangereux voire mortels. Vous ne vous laissez pas prendre au sérieux ! Bravo.

  • Et bien en voilà une histoire ! Quelle vieille Europe pourrie par les mafias, coteries, clans et autres "églises", minée par les vers et les parasites ! Ce n’est rien de le dire, le drame est toute la souffrance que recouvre cet état de fait.
    Puissiez-vous continuer à vivre, un peu mieux, avec et pour vos enfants. Cordialement, dans le sens fort du mot.

  • Bonjour Louis,
    Eh oui notre immense Victor, notre père à tous, le père de mon père, le père de mon grand-père déjà instituteur il y a plus d’un siècle, notre Victor qui a ouvert la voie morale au 20ème siècle (ouvrez une école, vous fermerez une prison), lequel après une première moitié dramatique a connu tant de progrès humain. Merci.

  • Il m’a semblé devoir combattre des idées et des attitudes nocives, sclérosantes, néfastes à la liberté et à l’émancipation des hommes, mais sur le plan intime je n’ai jamais voulu entraîner les enfants dans notre problème de couple, quoiqu’il m’en ait coûté de paraître coupable sans me défendre. Même si après coup A. m’en donne acte, dans la tourmente les réactions sont souvent très passionnelles, pulsionnelles voire animales.Des hommes très supérieurement éminents ont ce genre de réaction peu rationnelle, l’affectif reste absolument prédominant dans le comportement humain. Mais les enfants ne peuvent devenir adultes qu’en se forgeant seuls une image non idéale de leurs parents.
    Merci encore très chaleureusement.

  • Bonsoir et grand merci à vous deux. Clotilde vous touchez aussi à un point ultrasensible et central dans ma vie privée comme professionnelle : la transmission du schéma parental. Faut-il combattre la reproduction des erreurs au risque terrible de ternir chez un jeune l’image paternelle ou maternelle ? Éternel combat des anciens et des modernes, le progrès est-il possible, réel ? j’ai espéré toujours, j’espère encore que oui !
    Mes enfants me lisent, ou pas, mais ne me le disent pas. Plus de 25 ans après ce mai 68 j’ai divorcé d’"Adeline", longue histoire qui leur est très douloureuse. Je crois que toute évocation du passé est risque de devoir condamner l’un ou l’autre.

  • Grand merci pour votre témoignage, humain et vrai, précieux pour tous dans ce cadre, qui raconte votre vie et alimente les réflexions sur l’insertion et les rapports sociaux de chacun, le sens et le but de nos vies.

  • Je me joins sans hésiter aux deux premiers commentateurs ! Tout ça est très chouette. Quelques remarques : le cadre (entre 4 et 34 min de lecture) est sécurisant comme tous les cadres, mais génère aussi une auto-censure, alors même qu’il n’est pas toujours respecté (le tri par longueur des publications donne entre 1 et 44 min) tandis que certains ont l’impression d’une censure véritable ; les mots, les phrases supprimés par notre web-éditrice ne sont pas toujours anodins et inutiles, d’où peut-être votre remarque de l’absence de dimension politique, et aussi de textes paraissant fort inachevés. J’envisage de proposer là-dessus un texte "raconter raconterlavie" qui serait un début de mise en abyme(? prof de maths je suis en fait assez ignare de l’écrit littéraire), et n’ai pas été publié en décembre alors que j’avais 4 textes en attente. Je suis trop bavard, provocateur en plus, mais à ces titres voudrais continuer à m’inscrire dans ce si beau projet de la façon que vous exprimez si bien.

  • à Mika (ou ?),
    Ben si, j’essaye d’être moi-même depuis bien longtemps, peut-être à cause d’événements, deuils, maladies, qui m’ont fait réfléchir sur l’importance des choses, peut-être par ridicule naïveté d’un autre âge. J’ai peut-être même été prof de maths pendant une quarantaine d’années pour percer les façades, aller vers une certaine vérité. Ce peut être inutile, vain et dangereux (sniff), mais peut-on se refaire, changer l’ossature de notre être ?

  • Cachottier !! L’ultra moderne solitude ne serait qu’une façade ?

  • @ sabine : vous honnirent, vous honorent, ou les deux ?
    Sandrine, je vois une âme blessée en butte à la nature humaine éternelle, décevante parfois jusqu’à la tentation du désespoir, mais il ne faut pas y céder n’est-ce-pas ?

  • Toute mon admiration, vous maniez la langue, Littéraire, et aussi la novlangue et ses sigles ronflants , avec grande maîtrise. Sur le fond je perçois quelque critique envers ceux qui comme moi ont été affligés de " l’inanité de leur formation initiale", et sont "ennemis de toute pensée pédagogique", suppôts de l’horrible sélection destinée à produire les scientifiques non moins horribles et incultes, qui ont pourtant fait notre richesse, et pas seulement notre fric. C’est notre richesse qui permet de consacrer des moyens importants à nos différents marginaux, qui ailleurs seraient éliminés ou exportés vers des pays plus riches. D’une part les résultats de cette oeuvre sont à évaluer, d’autre part les enseignants en charge de cette tâche parfois inhumaine, culpabilisés s’ils ne possèdent pas de piano, souffrent au point qu’ils aspirent à ne plus être comme vous en contact direct avec leurs ouailles. Mon grand-père comme le vôtre blessé en 14, à Verdun et au chemin des dames, était paysan. Aujourd’hui il y a à peu près autant de paysans que d’enseignants, et autant de suicides des deux côtés, alors que les uns sont bien payés et assurés de leur avenir tandis que les autres sont pauvres souvent, seuls, malades et épuisés physiquement. Mais il est préférable de ne pas se pencher sur de vilaines statistiques et de célébrer la vraie, la grande Culture, l’Art, seul remède à notre tragique condition.

  • Bravo, merci, peut-on oser vous faire un sourire ? ce que je retiens le plus : il n’est rien de plus vrai que la misère, sous toutes les façades

  • Bonjour cher Louis, et merci, Il me semble qu’on ne peut opposer aussi radicalement et complètement humanisme et gestion. Qu’en témoignent les bons proviseurs que vous et moi avons connus. Ce qui m’a fait très mal c’est la volonté de destruction au lieu de gestion, rappelant les agitateurs totalitaristes d’il y a un siècle qui n’hésitaient pas à s’appuyer sur la pègre dans leur but de déstabilisation, et l’alliance objective entre la politique de Châtel et l’un des tout derniers staliniens d’Europe occidentale, IG qui profite du système tout en le détestant comme témoin de son erreur.

  • Belle et simple tranche de vie, qui ne manquera pas d’éveiller belle, tendre et profonde nostalgie dans notre génération, sauf peut-être chez les bourgeois du lycée E. Loubet. Dans toute la France on travaillait l’été dans diverses activités, la gnôle étant le point commun le plus constant. Merci pour ce témoignage !

  • Grand merci cher Louis, vous me faites grand honneur.
    Mon adresse mail pas secrète : Clausse.pierre@neuf.fr. Merci encore !

  • la fin est abrupte comme c’est possible, aléatoire, au choix du lecteur, ou ya un bug ?

  • Beaucoup d’hommes de bonne volonté se sentiront concernés et proches. Hélas les échecs sont cuisants, blessures d’égos sans doute, mais surtout sentiment que toute éthique est invalide, ce qui est désespérant et inacceptable car on ne peut vivre sans illusions quoiqu’on s’en défende. J’ai eu autrefois un succès municipal gratifiant, mais c’était un petit village où il suffisait d’être un homme, pas trop vieux, pas trop alcoolique et sachant lire écrire et compter, même beaucoup trop à gauche...

  • J’aime beaucoup votre récit, et votre personne dans ce qu’elle a de profondément humain. Pourtant je suis athée, je pense comme Jaurès que comme la nuée porte l’orage le capitalisme porte la guerre, et aussi le communisme porte le stalinisme et les religions leur intégrisme. Pour moi une religion est une représentation du monde, qui soude une communauté et fonde une morale estimable entre autres choses, mais qui est fausse parce que le monde réel est incompréhensible, inexplicable sur le fond, sauf peut-être le monde platonicien des idées. Il y a fausseté dans les religions, au moins dans ce dont elles difffèrent, et souder une communauté, c’est risquer d’exclure le reste de l’humanité. Mais je ne veux vous heurter davantage, et respecte au moins autant l’islam que la chrétienté, j’ai vécu au sein des deux. La paix soit avec vous !

  • Merci beaucoup pour votre lecture. Hélas mon histoire n’est pas si particulière, des collègues et amis citent des cas similaires. Nous sommes tous deux et bien d’autres unis par l’amour de notre métier, j’ai longtemps cru que la hiérarchie aussi, bien que j’en ai vu, des pathologiques. Je pensais que chacun avec ses défauts bien humains, avait une certaine éthique de base. Difficile déconvenue car on ne vit pas sans illusions. Le personnage, seul à soutenir mon adversaire, l’inspecteur général, ancien chef de cabinet de MG Buffet, est semble-t-il l’un des tout derniers staliniens d’europe occidentale. Je me suis étonné auprès du conseiller de Chatel qui m’a téléphonné qu’il fasse sans frein la pluie et le beau temps dans la haute fonction publique sarkosyste. il y avait une alliance objective entre un individu qui au fond ne supporte pas la survie du système capitaliste, et le gouvernement désireux dans la vieille ligne de la droite de réduire les dépenses "sociales". Mon c. de base ne pense pas à tout ça, n’avait a priori rien contre moi, nos pères étaient amis instits, mais il n’a pas du avoir de bonnes notes en maths, il a une dent contre les profs de maths, et contre ceux qui réussissent avec effort.

  • j’ai fait comme vous tant que j’ai pu. Ce n’est que lorsque j’ai été agressé professionnellement que j’ai dû me pencher sur ces questions. Par ailleurs lorsqu’en lycée vous vous retrouvez à faire deux heures de maths de 16 à 18 h avec près de quarante élèves de seconde dont deux bons tiers n’en ont rien à battre, vous vous demandez et leur demandez comment ils sont arrivés là, souvent contre leur gré, et c’est l’un des éléments qui rendent le métier impossible. Je suis fort chagrin du déclin extraordinaire des maths car je suis convaincu de leur utilité éducative et sociale, et du fait que depuis quinze ans maintenant aucun de mes élèves ne veut faire mon métier.
    si ça peut vous intéresser, mon premier récit sur le site est "Au lycée". J’ai travaillé aussi dans des zones très difficiles et de modestes collèges de campagne.

  • Votre récit me serre le coeur...j’ai travaillé aussi, pendant 40 ans, dans les milieux les plus extrêmement divers, en tant que professeur, pour la foi, pas enseignant. Vers la fin on s’aperçoit que si on souffre, si on n’y arrive plus, c’est à cause de corporatismes qui ne visent qu’à tirer les ressources au profit de clans, de dérives administratives kafkaïennes, de volontés féodales haineuses et délibérément destructrices, tout ça masqué par ces théories célèbrement fumeuses. Pourtant nous avions si longtemps gardé la foi en notre mission !

  • Magnifique ! que dire d’autre, surtout si on est un homme ? Lire, écouter, sentir plutôt que comprendre vraiment...

  • Salut et fraternité, camarade !! Plusieurs remarques : il y a autant de diabétes que de diabétiques, et il est rarissime de n’avoir jamais connu de coma hyper ou hypo, quelquefois très difficile de trouver un équilibre glycémique. Ma mère est morte du diabète, non décelé à temps, en 1957, vingt ans jour pour jour avant que je le devienne. Mon diabétogue est diabétique, ça l’aide beaucoup dans la compréhension des patients, et même sans cela il serait d’une grande chaleur humaine, ce qui est bien essentiel n’est-ce-pas ? Le stress et l’environnement familial comptent beaucoup, et je pense que mon diabéte a fait que ma femme m’a rejeté, jusqu’à un divorce dramatique, quoi que j’ai pu faire pour lutter, travaux et attentions de tous ordres à la maison,travail à temps plus que plein, compétition cycliste ou course à pied maratonienne. Pour dire qu’il ne suffit pas toujours d’intelligence et de courage pour surmonter ce qui reste une maladie de merde, même si on n’est pas forcé d’en mourir tout de suite. La vie n’est pas un long fleuve tranquille dans le meilleur des mondes possibles.

  • notre vie, et notre vie sociale, sont sous-tendues par une"religion", quelle qu’elle soit, qui nous présente une image rassurante du monde et une solution, forcément fausse, au problème de la mort. Peut-être votre père croyait-il par exemple au progrès, à la science toute puissante, à la méritocratie. Il est révoltant en tout cas de voir un destin injustement et prématurément détruit. Je crains qu’il n’y ait pas de solution dans un monde tragique gouverné aveuglément par le hasard et la nécessité. Courage et fraternité.

  • Ben oui, c’est les femmes ?

  • On vit dans un monde absurde où beaucoup sombrent dans le solipsisme, pour ne pas dire la folie. Magnifique économie de moyens et construction de ce court récit qui dit tout !

  • Bravo, je ne devrais dire que cela, les autres commentaires l’ont bien exprimé, et je les partage . Une leçon que certains oublient en réduisant encore et toujours les gens à leur tâche du moment, pour en établir une bête hiérarchie

  • Les maths aussi sont pleines de sens et d’émotions, et donnent de la liberté. Elles servent d’outil de sélection plus pertinent que le latin et le grec anciens, car elles sont à la base du monde moderne que beaucoup décrient mais dont tous profitent. Dur à entendre car elles excluent le barbouillage de vitres démagogique. Tant mieux pour ceux qui peuvent se permettre d’ignorer tout ça.

  • Pas facile !! Danny est tout à fait un autre, et tout à fait le même qu’un autre homme. On n’est pas sûr de pouvoir l’aider à réaliser pleinement son humanité, pas du tout, et on y risque sa peau. Que dire, que faire, pas vraiment de réponse, je crois qu’il faut donner, mais pas tout, pas toute sa vie, pas toutes ses bonnes années...

  • prof pendant 40 ans je n’ai eu droit qu’à 4860 mots pour décrire une part de ce monde absurde qui évoque Kafka aussi bien que l’ancien régime féodal. Il y existe des castes dominées par de grands seigneurs, certains communistes pur jus d’il y a 40 ans, absolument indépendants du régime politique. Leurs vassaux tout dévoués craignent de perdre leur STATUT face à des arrivants plus compétents. Le système est ainsi verrouillé dans une structure pyramidale impressionnante, ennemie de tout changement, toute ouverture, toute discussion même, en bref de toute démocratie, de tout progrès et de toute éducation. Le chef, grand moyen ou tout petit a ainsi toujours raison et peut se livrer à tous les abus, harcèlement moral, sexuel, détournement de fonds...C’est ainsi que le fonctionnaire fonctionne, que l’instituteur institue, mais que le professeur ne peut agir pour la foi, et la perd !

  • J’ai beaucoup aimé, je pense au spleen de Paris. La vie est là, elle affleure d’amour, mais on ne dit pas la fin à ces gens-là.

  • Remarquable récit, d’une écriture précise et lumineuse, qui éveillera beaucoup d’échos. La fin abrupte pose habilement la question : est-il possible, inéluctable, de laisser faire, ou peut-on lutter, en s’appuyant par exemple sur la faute de la prédatrice ? Bravo, (ou plutôt Brava).

  • Le chat je crois qu’il était déjà mort avant sa maîtresse, naturellement. Je ne sais si c’est important, mais sans doute oui. Je vous remercie vivement, pour poser la question, et surtout pour votre commentaire, le vôtre et celui de Marie Renoult.

  • Bon Dieu oui c’est émouvant !!! A des degrés divers nous en sommes tous là, dans un monde tragique et incompréhensible. Il y en a bien qui se croient totalement dominateurs, intelligents et rationnels, mais c’est bidon et parfois ça finit par se voir. Merci, salut et fraternité.

  • "j’aime" et "je n’aime pas" sont les deux plus gros barreaux de notre prison intérieure...( Bouddha). Vous exprimez clairement et très bien une pulsion essentielle à l’humanité. Est-ce un luxe d’en faire son métier, au lieu de "ramer" en sciences, ce qui est socialement aussi utile et peut-être une condition préalable à toute émergence culturelle ?

  • C’est difficile d’en parler en partie parce qu’on risque fort de se trouver en butte à l’agressivité des religieux natalistes intégristes inhumains à un moment où on est très fragile. Aviez-vous votre mère ou votre père à qui parler ? votre compagnon après une première réaction inadéquate aurait aussi sans doute pu mieux comprendre en lui expliquant, il faut lui pardonner. Je suis un homme, c’est-à-dire aussi une femme, qui peut être solidaire et compréhensif(ve)
    Merci pour votre témoignage

  • Cher Ange, votre dernière intervention me rappelle ce qu’on disait des étudiants en mai 68 !... et un commentaire de Michel Serres qui remarquait qu’après Freud et la découverte du désir symbolique de tuer le père, le vingtième siècle a vu le meurtre en masse des fils par millions. Je ne peux me résoudre à accepter ce suicide social à l’encontre de la jeunesse et de la culture. J’ai été prof de maths pendant 40 ans sans pouvoir rien faire ni seul ni avec la solidarité de mes semblables pour enrayer ce déclin qui n’était pas que le mien.

  • Moi 62, c’est vrai qu’on n’est pas si vieux, mais sans perdre humour ni surtout tendresse, le fond tragique de l’histoire est que la mort s’approche de nous, quelquefois avec brutalité, d’autres fois sournoisement, mais toujours inéluctablement... Salut et fraternité !

  • La vérité, le courage, la simplicité suscitent une grande estime et conduisent à un nouvel examen de toutes les "idées" préconçues souvent fausses sur "l’étranger", dans une démarche éloignée de tous les sketches caricaturaux et bien-pensants. Bravo !

  • Il arrive souvent et depuis longtemps que des études ne mènent à rien. On abuse les jeunes pour des raisons et intérêts dont je discerne : 1) tant qu’un jeune galère ainsi il ne gonfle pas les statistiques du chômage, sans quasiment rien coûter.2) les profs du supérieur ont intérêt à leur faire croire à un avenir professionnel brillant pour conserver leurs postes et avantages.3) l’enseignement coûte moins cher par tête que la prison ou les révoltes sociales . Triste réalité qui ne me rend pas cynique mais bien triste.

  • La fonction de la justice est de maintenir la cohésion sociale et l’ordre établi, en protégeant les clans qui en constituent l’ossature, même si cela est contraire à l’idée même de Justice, même au prix de dérives qu’on pourrait qualifier de mafieuses. Tant pis pour les petits, les dommages collatéraux, les statistiquement négligeables. On ne s’en rend compte que quand on est victime, je vous comprends et vous salue fraternellement

  • Terrible société que la nôtre...Il y a de quoi désespérer de tout. Une société humaine ne peut vivre sans une éthique minimale, excluant cette injustice qui se généralise. A qui la faute ? à nous tous, aux vieux égoïstes, au CAC 40, à la mondialisation, aux politiques, aux syndicats, que sais-je encore ? J’ai été prof de maths pendant quarante ans, j’avoue, j’ai fait ce que j’ai pu croyant au progrès général, et cet échec est aussi le mien.

  • Grand merci pour votre commentaire. Je suis conscient depuis longtemps de ce que vous dites, mais ça ne me console pas. En ce qui concerne le privé, ces méthodes sont plutôt rares, sauf quand on veut se débarrasser de quelqu’un dans une grosse boite. Les PME qui les pratiquent risquent fort de couler et de façon générale sont sanctionnées par le marché, pas l’Éducation Nationale hélas. Pour les syndicats j’ai des sentiments partagés mais d’accord avec vous.

  • ce récit plein de sensibilité me donne non pas de la joie mais beaucoup d’émotion. Il est profondément vrai et humain, tous ceux qui le liront seront bouleversés par tous les échos qu’il éveillera en eux. une vraie poésie